À un an de la présidentielle, la compétition est plus que jamais ouverte avec 13 candidats confirmés et d'autres en préparation. Dans ce contexte, les sondages pourraient jouer un rôle crucial dans la détermination des leaders. Ce reportage analyse la fabrication de ces instruments essentiels.
Ce texte est une adaptation d'une retranscription de reportage. Visionnez la vidéo pour des détails supplémentaires.
Quelles personnalités politiques suscitent le plus d'engouement auprès des Français ? Parmi les candidates déclarées, laquelle serait la plus apte à triompher ? À l'approche des élections, les sondages agissent comme des arbitres, parfois donnés comme fondements des campagnes. Quelles sont donc les techniques de leur élaboration ? Peut-on leur accorder une véritable confiance ? Dernièrement, un des principaux instituts a ouvert ses portes pour en discuter avec France Télévisions.
Lors d'une annonce récente, une enquête a été lancée pour évaluer la popularité des responsables politiques à la demande d'un grand média. Les sondages, qui examinent environ quarante personnalités, posent la question : comment sont-elles choisies ? Jean-Daniel Lévy, directeur du département "Politique et opinion" chez Harris Interactive, explique : "C'est nous qui avons proposé à notre client la liste des personnalités, d'un commun accord avec lui."
Interroger les grandes tendances d'opinion
Dès le résultat établi, comment peut-on vraiment se fier à un sondage un an avant l'élection ? France Télévisions a repéré une étude du même institut, un an avant la précédente présidentielle. Pour Emmanuel Macron, les prévisions étaient justes, avec un score autour de 27 %. En revanche, pour Valérie Pécresse et Anne Hidalgo, annoncées à 11 % et 7 %, il a été constaté un score final inférieur à 5 %. Alors, ce sondage était-il erroné ? Jean-Daniel Lévy répond : "Ce sondage était pertinent à l'époque de l'enquête. Cela veut dire que si l'élection avait eu lieu deux ou trois jours après, les résultats auraient été très proches." Ainsi, les sondages permettent de saisir les tendances d'opinion.
Pour obtenir ces résultats, le sondeur s'appuie sur un échantillon représentatif de la population française. Mais, qui participe réellement aux sondages ? En général, tout se déroule sur Internet. Il suffit de s'enregistrer sur des plateformes de sondages, où l'on est questionné sur nos opinions politiques et notre profil démographique, en échange de quelques centimes par enquête. En théorie, cela semble très représentatif : hommes et femmes de tous âges. Cependant, dans la pratique, les résultats subissent des ajustements. Un document confidentiel d'une enquête de 2022 révèle qu'un certain nombre de points avaient été attribués différemment, donnant un coup de pouce à Éric Zemmour et Valérie Pécresse au détriment de Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Ce processus s'appelle le "redressement".
Des méthodes parfois contestées
Hugo Touzet, sociologue, a abordé ce sujet lors de son expérience en institut : "Lors des entretiens, les sondeurs m'ont expliqué qu'ils sortaient parfois du cadre scientifique pour entrer dans une approche plus artisanale. En se basant sur leur expérience, et les erreurs passées, ils ajustent ensuite leurs résultats." Alors, les instituts ajustent-ils leurs résultats pour mieux correspondre à des attentes préétablies ? Harris assure que ses pratiques sont contrôlées : "Décrire cela comme un bidouillage n'est pas juste. Chaque enquête d'intention de vote est vérifiée par la commission des sondages."
Néanmoins, cette même commission conserve les subtilités des données au nom de la confidentialité commerciale. Antoine Léaument, député LFI et rapporteur d'une commission d'enquête sur le sujet, trouve cela problématique : "Nous avons examiné près de 14 000 documents et relevé plusieurs anomalies : exclusion d’électeurs potentiels et échantillons non représentatifs. Malgré cela, aucun accès aux données n'est accordé." De plus, sur l'année écoulée, la commission des sondages n'a publié qu'un seul correctif, et encore, pour un sondage local.







