En réponse aux besoins urgents en matière de frappes à longue portée illustrés par le conflit en Ukraine, les fabricants européens investissent massivement dans le développement de systèmes de roquettes autonomes. Le consortium Safran-MBDA a récemment effectué un tir d'essai réussi de sa roquette, tandis que la collégiale ArianeGroup et Thales s'apprêtent à tester leur projet FLP-T 150.
« Thundart est le premier système souverain de frappe capable de réaliser un tir de démonstration, accomplissant avec succès cet exercice le 14 avril dernier sur l'île du Levant », a déclaré Hugo Coqueret, responsable du combat terrestre chez MBDA. Ce système d'artillerie, avec une portée de 150 km, pourrait être opérationnel d'ici 2030.
La guerre en Ukraine a replacé l'artillerie longue portée au cœur des conflits modernes
Le FLP-T 150, qui vise à dépasser les 150 km de portée, devrait bientôt effectuer ses premiers essais, selon une source d'ArianeGroup. Ces nouvelles technologies répondent à un besoin croissant de frapper des objectifs critiques tels que des dépôts logistiques, des centres de commandement, et des systèmes de défense aérienne, devenus des cibles prioritaires grâce à l'efficacité du système Himars américain déployé par l'Ukraine.
En 2023, la Direction Générale de l'Armement (DGA) en France a lancé le programme « Frappe longue portée terrestre », faisant place aux solutions concurrentes de Thundart et FLP-T 150.
Le renouvellement des capacités d'artillerie
À l’heure actuelle, l'armée française possède neuf LRU (lance-roquettes unitaire), une variante modernisée d'un système conçu par Lockheed Martin, capable d'atteindre des cibles à 70 km, qui doivent être remplacés rapidement. D'autres systèmes comme le modèle israélien Puls et le coréen Chunmoo sont déjà opérationnels et en pleine expansion à l'international.
Thundart est équipé d'un camion-lanceur innovant, capable de transporter huit roquettes tout en se déplaçant sur routes à 80 km/h, permettant ainsi de réaliser des tirs en toute rapidité et de changer de position efficacement. Michael Soulat, responsable du programme chez Safran Electronics & Defense, souligne que cette mobilité est cruciale pour la survivabilité du système face à des ripostes ennemies, notamment les menaces émergentes comme les drones.
« Thundart est conçu pour des combats à haute intensité et intègre les leçons apprises du conflit en Ukraine, ciblant les infrastructures ennemies et perturbant les mouvements logistiques adverses », ajoute Soulat. Équipé du kit de guidage AASM de Safran, il est également résistant au brouillage et performant dans des environnements de guerre électronique.
L'enjeu de l'autonomie technologique
ArianeGroup, bien connu pour son expertise dans le domaine des technologies balistiques, se positionne comme le seul acteur européen capable de maîtriser des systèmes de cette envergure. « Les spécificités de vitesse et de trajectoire que requièrent de telles capacités sont proches des défis des systèmes balistiques et spatiaux », précise un porte-parole de l'entreprise.
Tout comme Thundart, le FLP-T 150 se veut un système rapide et robuste capable de fonctionner dans des environnements difficiles et sans dépendance vis-à-vis des technologies américaines, ainsi ses développeurs insistent sur son caractère « Itar free ». Christophe Bruneau, le nouveau directeur d'ArianeGroup, a récemment souligné que cette offre pourrait marquer le début d'un investissement stratégique dans le domaine balistique conventionnel en France.







