Mercredi, la nomination de Marc Guillaume à la tête du Conseil d'Etat représente une triomphe et une réponse à un parcours semé d'embûches pour ce haut fonctionnaire, souvent perçu comme proche du pouvoir politique. En effet, il avait manqué cette opportunité à deux reprises auparavant.
Un retour à ses débuts : sorti de l'ENA en 1991, Guillaume a d'abord fait ses premiers pas au sein de l'institution du Palais Royal. Il y a exercé son métier de maître des requêtes.
Issu d'une lignée d'élus, ce fils d'un conseiller d'Etat a aussi brillé au Conseil constitutionnel, où il a occupé le poste clé de secrétaire général de 2007 à 2015 sous Jean-Louis Debré. Fin expert de la loi fondamentale, il a coécrit avec le constitutionnaliste Guy Carcassonne, décédé en 2023, “La Constitution introduite et commentée”, un ouvrage de référence qu'il met régulièrement à jour, avec sa 17e édition prévue pour 2025.
Dans le cadre feutré de la haute administration, où la diplomatie côtoie des luttes de pouvoir intenses, le nouveau président du Conseil d'Etat devra naviguer habilement après qu'un petit coup d'éclat ait été récemment lancé par Richard Ferrand, son homologue au Conseil constitutionnel, qui a officiellement mis fin à la tradition de nommer un secrétaire général du Conseil constitutionnel issu de ses rangs.
Reconnu comme un homme d'Etat, Marc Guillaume est également décrit par ses alliés comme un stratège politique redoutable.
Nommé secrétaire général du gouvernement en 2015, sous François Hollande, il a conservé ce poste lors de l'élection d'Emmanuel Macron, se rapprochant de figures clés comme Benoît Ribadeau-Dumas, à Matignon.
Cependant, lors des turbulences causées par la crise du Covid-19, certains membres du gouvernement ont trouvé sa gestion parfois agaçante, allant jusqu'à provoquer des tensions, y compris avec une ministre réputée efficace comme Elisabeth Borne.
Son influence considérable est telle qu'il a souvent semblé plus puissant que plusieurs ministres, au point que la priorité du nouveau Premier ministre Jean Castex en juillet 2020 a été de le limoger, à l'époque où ils étaient camarades d'école.
Suites à diverses controverses, telles que des accusations d'attitudes inappropriées, Marc Guillaume a dû également démissionner de son poste au conseil d'administration de Sciences Po, un lieu lié à son cercle d'amis, dont Olivier Duhamel, récemment accusé d'agressions.
Cette série d'évènements a compromis sa candidature en 2021, même si beaucoup estiment qu'elle lui était promise.
Originaire de Neuilly-sur-Seine, il était jugé trop jeune à l’époque : “Son mandat aurait pu s'étaler sur onze ans, mais un besoin d'alternance est souvent évoqué”, souligne un observateur avisé du milieu.
Déjà pressenti pour remplacer Jean-Marc Sauvé en 2018, il avait finalement été devancé par Bruno Lasserre, malgré le respect de ses compétences techniques et son expertise juridique.
Aujourd'hui, à 61 ans, sa nomination à la tête de la plus haute juridiction administrative se lit comme une véritable consécration, ainsi qu'une revanche, d'autant plus que l'institution place en lui un haut fonctionnaire fiable pour l'administration d'Emmanuel Macron.
Marc Guillaume est également connu pour son humour acerbe et son exigence : “Sa rigueur”, comme le souligne un proche, le distingue dans le paysage administratif.
Avant ce nouveau chapitre, il a occupé le poste de préfet de la région Île-de-France pendant près de six ans, particulièrement actif durant les préparatifs des Jeux paralympiques de Paris, qu'il avait revendiqués comme un succès lors d'un pari avec la maire de la capitale, Anne Hidalgo. “On l'a fait !”, répétait-il avec fierté après avoir plongé dans la Seine le 17 juillet 2024, pour prouver sa propre confiance dans la sécurité des eaux du fleuve.







