Une initiative marquante a pris forme ce mercredi à l'Assemblée nationale, où une large majorité a validé une proposition de loi écologiste visant à restreindre l'exposition de la population au cadmium, un métal lourd associé à de graves risques sanitaires.
Ce texte a reçu l'appui de 144 voix pour et seulement 22 contre, établissant une feuille de route ambitieuse pour réduire les taux autorisés de cadmium dans les engrais phosphatés, responsables de l'accumulation de ce métal dans les sols agricoles et, par conséquent, dans l'alimentation.
Le gouvernement s'est opposé à cette approche, proposant un calendrier plus dilué en raison de préoccupations concernant la compétitivité des agriculteurs français. Cependant, la proposition a trouvé sa voix grâce au soutien unanime des groupes de gauche et de certains membres du MoDem, des Horizons et de la Renaissance, tandis que le Rassemblement national a voté contre.
Le député écologiste Benoît Biteau, à l'origine de ce projet, a exprimé sa gratitude envers les scientifiques et les ONG qui ont mobilisé l'opinion publique. « Merci à tous les militants qui ont alerté sur ce sujet ! », a-t-il insisté lors des débats.
Camille Etienne, militante écologiste, a montré son enthousiasme en déclarant à l'AFP : « C'est une victoire enthousiasmante. La mobilisation citoyenne a porté ses fruits ». Elle a été présente dans l'hémicycle juste au moment de l'adoption du texte.
Le ministre de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a reconnu que la France souffrait d'une exposition au cadmium nettement plus élevée que ses voisins européens. Cependant, il a averti que le rythme de réduction approuvé pourrait compromettre la souveraineté alimentaire du pays.
Le cadmium, reconnu comme cancérogène par l'Anses, provient principalement de l'alimentation, notamment à travers des céréales largement consommées. En 2025, près de la moitié des Français pourrait avoir des niveaux d'exposition supérieurs aux références sanitaires établies.
L'agence préconise une réduction des limites maximales de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 mg/kg, par rapport aux 90 mg/kg actuels en France (contre 60 mg/kg dans l'UE). Cette proposition s'oppose au décret gouvernemental en consultation, qui suggère une baisse échelonnée.
La proposition de loi mise sur une réduction plus rapide, avec une cible de 40 mg/kg en 2027 et 20 mg/kg d'ici 2030, courant vers une urgence sanitaire, selon la députée Clémentine Autain.
Les débats ont mis en lumière des tensions autour du rythme de mise en place de ces mesures. Malgré des tentatives pour aligner les normes sur celles de l'UE, elles ont été systématiquement rejetées. Le député Renaissance, Jean-Luc Fugit, a finalement retiré un amendement similaire, préférant l'apaisement dans un climat de division.
À l'inverse, des inquiétudes ont été soulevées concernant les risques d'augmentation des coûts des engrais, plus particulièrement par le député Eddy Casterman du groupe RN. Benoît Biteau, pour sa part, a calmement déclaré que les agriculteurs pourraient supporter les coûts associés à cette « décadmiation » visant à réduire le cadmium, tout en maintenant l'approvisionnement grâce aux gisements marocains, déjà conformes à la norme de 20 mg/kg.
Le géant marocain OCP, principal acteur du secteur, a d'ores et déjà confirmé que ses engrais phosphatés respectent cette norme pour le marché européen.







