Lors d'une audience au tribunal correctionnel de Bobigny ce lundi 16 février, des ouvriers maliens, ayant travaillé sans autorisation sur les chantiers des Jeux Olympiques de Paris 2024, ont partagé leur expérience d'exploitation.
Ces travailleurs témoignent d'un système opaque orchestré par des entreprises éphémères, où leur précarité migratoire a été mise à profit. Avec 21 personnes et trois sociétés en procès pour travail dissimulé et emploi d’étrangers sans autorisation, les révélations s'accumulent. Un contrôle de l’inspection du travail en mars 2022 avait déjà mis en lumière des abus dans le secteur, notamment ceux impliquant des membres de la communauté turque.
Moussa, l'un des ouvriers, a commencé à travailler en 2019 pour des entreprises liées à ce réseau. Comme lui, plusieurs compatriotes identifient un certain Mehmet B. comme leur « patron », assisté d’Erkan T. et Suphi G. Ces derniers géraient la distribution des ouvriers sur divers chantiers de la région parisienne par le biais de messages WhatsApp.
Sans contrat de travail ou bulletins de paie, Moussa décrit un système de rémunération opaque : « J’étais payé en espèces ou par chèque. Plus tard, des virements arrivaient sur le compte de mon frère, mais c'était compliqué. » Il indique que les entreprises changeaient souvent de nom tout en poursuivant les mêmes pratiques d'exploitation.
Lors d’un incident à l’automne 2020 sur un chantier à Vélizy, un ouvrier a été blessé par un membre de l’équipe de Mehmet B., ce qui a conduit certains à réaliser que leur sécurité était en danger. « Nous avons décidé qu'il était temps de revendiquer nos droits », témoigne Alassane, un autre ouvrier.
Grâce à des discussions avec le syndicat CGT, les travailleurs ont réussi à obtenir des contrats, bien que cela n'ait pas mis fin à leur situation illégale. Alassane a également révélé qu’Erkan avait subventionné des faux papiers pour faciliter l’embauche. Le tribunal a été alerté par le caractère informel de ces emplois, surtout sur un chantier aussi prestigieux que celui du village olympique, qui devrait pourtant garantir des conditions de travail optimales.
Les témoignages des ouvriers mettent en lumière une précarité inacceptable et leur détresse au tribunal. « Je n’ai pas reçu de salaire pour ce travail », déclare Samou, jetant un regard accusateur vers les prévenus. Le procès se poursuit jusqu'au 20 février.







