“Le pays est en paix, il est calme”, a déclaré Claudia Sheinbaum, récitant une déclaration surprenante au lendemain de la mort de Nemesio Oseguera Cervantès, surnommé “El Mencho”, le chef du cartel Jalisco Nouvelle Génération (CJNG). Pourtant, des barrages routiers demeuraient à proximité de Guadalajara, épicentre de l’État de Jalisco. Comme l’a rapporté El Informador, “la plupart des commerces ont resté fermés […] et des files d’attente ont formé devant les rares enseignes ouvertes”.
Dans le Michoacán voisin, La Voz de Michoacán a dénombré au moins cinq barrages. En réaction, Excelsior a signalé que 2 000 militaires ont été déployés à Jalisco. Le gouverneur Pablo Lemus a recommandé à la population de demeurer vigilante, tout en assurant que “le système de transport public retrouve progressivement sa normalité”.
Ce retour à l’ordre semblant se profiler a été teinté de violences qui ont causé la mort de dizaines de personnes, dont 25 membres de la garde nationale. Le général Ricardo Trevilla Trejo, secrétaire à la Défense nationale, a rendu hommage à ces soldats “au bord des larmes”, à rapporter ABC Noticias. Il a précisé que les forces avaient retrouvé la trace du criminel grâce à sa compagne et que “El Tuli”, un complice d'Oseguera, avait été tué en tentant d'échapper à son arrestation.
Lundi, les experts s'interrogeaient sur l'avenir du pays. La chute du leader du CJNG “ferme un cycle de violence extrême, mais ouvre un nouveau chapitre tout aussi délicat. La vraie question est de savoir si l’État pourra éviter la restructuration de l’organisation”, a observé une analyse du Heraldo de Mexico.
Une tribune du même journal soulignait “le dilemme classique de la lutte antidrogue : une victoire tactique peut générer des coûts sociaux immédiats et créer un vide de pouvoir qui risque d’être comblé par des rivalités internes”.
Comme le souligne El Sol de Mexico, la mort d'El Mencho n'est pas synonyme de fin des hostilités. “Politique, le message est clair : l'État mexicain maintient son autorité et son pouvoir décisionnel”.
Cependant, il avertit “qu'il serait une grave erreur de croire que la mort d'El Mencho résout le problème. La Colombie avait également cru que la chute de Pablo Escobar marquait la fin des conflits liés au narcotrafic.”
la fin des “câlins”
D’après El Universal, cette opération “made in Mexico”, bien que soutenue par le renseignement américain, a été exécutée uniquement par des forces nationales, illustrant “la véritable prise de contrôle de Sheinbaum”, marquant ainsi une rupture avec le précédent mandat d’Andrés Manuel López Obrador.
Le quotidien Reforma a critiqué la stratégie précédente d'“abrazos, no balazos” (câlins, pas de balles), la qualifiant de coquille vide. Les criminels étaient considérés comme des victimes d'un système économique, ce qui a laissé le pays vulnérable face à la violence et à l'impunité.
Le New York Times souligne que la détermination de Sheinbaum face à cette situation était cruciale : agir pour éradiquer la menace ou éviter d'entrer dans un nouvel cycle de violences. Sa décision semble avoir été d'opter pour l'éradication.
Enfin, le journaliste mexicain León Krauze, dans le Washington Post, met en garde : “le Mexique vient de décapiter son plus dangereux cartel. Cela signifie la guerre”. Il exhorte également la présidente à poursuivre avec détermination cette dynamique, affirmant que “cette opération marque un tournant par rapport aux années de laisser-aller”.







