Édouard Philippe sur le fil du rasoir : élection municipale et rêves présidentiels en jeu.
Jouer son destin en deux dimanches, un défi qui n'est pas sans vertige. Élu dès le premier tour en 2014 (52,0 %) et reconduit en 2020 (58,8 %), Édouard Philippe fait face à sa troisième bataille municipale, sans aucun doute la plus ardue. Fin février, un sondage OpinionWay commandé par l'institut Hexagone a mis son équipe en émoi en le plaçant derrière son principal rival, le député communiste Jean-Paul Lecoq. « Disons que cela a eu l'effet d'un coup de fouet... » confie un proche, dans un euphémisme prudent.
Avec une forte mobilisation (52,4 % de participation), les résultats des urnes électroniques du Havre se sont révélés plus favorables qu'anticipés : Édouard Philippe a obtenu 43,8 % des voix, contre 33,3 % pour Lecoq et 15,3 % pour Franck Keller, candidat de l'alliance UDR-RN, selon
France Info.
Une campagne de challenger
Ce premier tour, marqué par l'incertitude, a vu Philippe déployer une campagne de challenger. Il évite de se présenter comme un notable confiant, conscient des enjeux que cela représente. Le président de Horizons n'a pas les moyens de considérer son territoire comme un fief sécurisé, lui interdisant d'apporter un soutien aux candidats de son parti ailleurs dans le pays.
Depuis janvier, plongé dans une mobilisation intensive, il s'engage dans diverses visites d'appartements, des soirées de porte-à-porte et des réunions en petits comités. Son vaste projet municipal, élaboré quartier par quartier, vise à ancrer les enjeux locaux dans une campagne où ses adversaires souhaitent nationaliser le débat, espérant lui faire porter le poids d'un macronisme devenu impopulaire.
Un rendez-vous le 5 mars, à la salle des fêtes François-Ier, située entre le port de pêche et la cathédrale Saint-Joseph, a illustré cette campagne au ras des pâquerettes. Dans une assemblée refroidie où des sièges pliants accueillaient une population âgée, Édouard Philippe, équilibrant sérieux et humour, a partagé sa vision pour la ville : plan bancs, amélioration des toilettes publiques, redressement des trottoirs, rénovation du skatepark...
Vers l'horizon 2027 ?
Et que dire de la présidentielle qui se profile ? Évoquer la question sans jamais vraiment s'y attarder. Philippe laisserait presque croire à ses électeurs que, peu après les municipales, il ne se précipiterait pas vers la campagne de 2027, malgré le risque que cela représente pour son enracinement local.
Lorsqu'un retraité l'interroge sur la gratuité des transports pour les seniors, évoquant celle de Marseille, il se fait franc : « Marseille est une superbe ville, mais je choisis Le Havre. À Marseille, ils sont ruinés, et je ne veux pas de cela. »
Si le député communiste venait à gagner, ce serait à lui de porter le fardeau de la ville. Ce serait un véritable retour en arrière.
Dans une interaction avec Valeurs Actuelles, Philippe, stoïque face à la possibilité d'une défaite, se défend : « Les électeurs votent selon leurs propres motivations, ils sont libres et responsables. Le Havre a beaucoup changé, et pour la majorité des Havrais, ce changement est positif. »
Une première pour l'alliance UDR-RN au second tour
Franck Keller, candidat de l'alliance UDR-RN, se maintient au second tour, proposant une alternative à droite dans une ville où l'électorat du RN se fait entendre. « Son but est de me nuire, » lance Philippe, pointant un futur rapprochement de Keller avec Le Havre.
Alors que Keller souligne ses « racines havraises », il n'hésite pas à renvoyer la balle : « Je ne vis pas à Le Havre mais je suis ici chaque semaine, contrairement à notre maire qui vit à Paris. »
Pour Keller, il souligne le sentiment que Philippe entretient une « grande entente » avec Lecoq, en évoquant un soutien passé inapproprié. De son côté, l'équipe de l'ancien Premier ministre accepte la maladresse de cette déclaration.
À l'approche du 22 mars, l'enjeu devient cristallin pour Philippe. Une éventuelle défaite à Le Havre serait un véritable cataclysme, ce qui compromettrait ses ambitions présidentielles. La victoire, cependant, serait un atout considérable, le propulsant au sein d'un bloc central en quête de leadership. Un regain de légitimité par ce double défi pourrait s'avérer déterminant. De là à dire que Le Havre pourrait servir de tremplin pour ses ambitions présidentielles...
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