Ce mardi, le port de Ouistreham, dans le Calvados, sera le théâtre d'une vente aux enchères peu ordinaire. Le chalutier Lucky, mesurant 18,85 mètres, a été saisi suite à une vaste opération antidrogue menée début avril 2025. Soupçonné d'avoir récupéré des ballots de cocaïne dans les eaux proches des îles anglo-normandes, le bateau sera proposé à la vente, bien que l'enquête soit toujours en cours.
Le Lucky a été confisqué par l'Agrasc, l'Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués. Maître Jean Rivola, commissaire de justice chargé de la vente, a précisé : "Quand la justice estime qu'un bien saisi n'est plus utile pour la manifestation de la vérité et qu'il risque de se déprécier, elle le met en vente." Le prix de départ de cette vente sera de 100 000 euros, un montant bien inférieur à celui de l'achat du chalutier il y a quatre ans. La vente est programmée pour 15h30, directement sur le quai Charcot, où le bateau est maintenu sous scellés depuis un an, avec également une option de vente en ligne.
Vente d'une vedette également saisie pendant une opération antidrogue
Parallèlement à cette vente, une autre opération est prévue ce même jour à Tancarville, en Seine-Maritime. Une vedette de plaisance de 10 mètres, appartenant à un pêcheur du Havre, sera mise aux enchères pour la somme de 5 000 euros. Ce pêcheur a été interpellé lors de la même opération antidrogue, faisant grimper le nombre total de marins-pêcheurs mis en examen à quatre.
Les enquêteurs de la JIRS (juridiction interrégionale spécialisée) de Rennes ont débuté leur enquête dès 2024, qui a culminé avec la saisie de 630 kilos de drogue en avril 2025. Le Lucky est suspecté d'avoir récupéré ces ballots de narcotiques d'un cargo, l'Omicron, en transit entre le Brésil et Amsterdam. Les marins ont été interpellés à leur retour au port, tandis que des membres d'équipage philippins du cargo ont également été arrêtés.
Une communauté sous tension face à la criminalité
La question de la sécurité est au cœur des préoccupations des habitants de Ouistreham, alors que la communauté est toujours sous le choc de ces révélations. Les écoutes téléphoniques ont mis en lumière les sommes colossales (jusqu'à un million d'euros) offertes par les narcotrafiquants. Un patron pêcheur, visiblement inquiet, a partagé : "Ils se sont fait avoir... Si on reste à l'écart, on ne risque rien. Mais oui, c'est inquiétant". Un autre a rapporté que les enquêteurs avaient récemment mentionné qu'il restait encore "deux ou trois" narcotrafiquants actifs dans la région.
La vente du Lucky, programmée pour aujourd'hui, se veut non seulement un acte administratif, mais aussi un symbole d'une lutte continue contre le narcotrafic maritime, tout en éclairant les failles d'une communauté face à un danger omniprésent.







