Prendre soin des autres peut parfois signifier négliger sa propre santé. C’est une réalité dramatique révélée par une récente étude de la Mutuelle nationale hospitalière (MNH) qui indique que 42 % des professionnels de santé en France ont connu des problèmes de santé au cours des derniers mois, un chiffre nettement supérieur à celui des autres secteurs. Le récit poignant de Magalie Milo, médecin généraliste, illustre parfaitement ce constat inquiétant.
Originaire du Gard, Magalie Milo, formée à Montpellier et Bordeaux, a d’abord choisi la médecine générale pour sa proximité avec les patients. Cependant, elle a rapidement constaté que cette passion se transformait en un fardeau. En s’installant dans un cabinet en Drôme en 2011, elle a vu le nombre de médecins diminuer. Cette baisse a entraîné une surcharge de travail qui l’a finalement conduite à l’épuisement.
« je n’avais plus de pause »
Passant de 20-25 patients par jour à 35-40, le quotidien de Magalie a rapidement basculé. "Je n’avais plus le temps de prendre soin de moi. Les pauses étaient devenues un luxe", confie-t-elle. Ce manque de repos a eu des répercussions sur sa santé, qui a commencé à se détériorer sous forme d’eczéma et d’autres maladies.
de l’eczéma aux troubles cognitifs
Ce qui est particulièrement frappant dans le parcours de Magalie, c'est la manière dont elle a ignoré ses propres symptômes. "Je savais déceler le burn-out chez mes patients, mais je n’ai pas su reconnaître les signes en moi", explique-t-elle, ajoutant que les douleurs physiques et les problèmes de concentration l’ont forcée à pousser la porte de la médecine du travail.
En 2019, un confrère a finalement décidé de l’arrêter pour une longue maladie. Elle découvre alors les effets durables d’un épuisement chronique. "Je ne pouvais plus me concentrer, et cela m’a effrayée", raconte-t-elle.
« on apprend à ne pas nous écouter »
Magalie évoque également une culture du sacrifice inculquée dès les études de médecine, où le bien-être personnel est souvent sacrifié. Cette mentalité commence à évoluer, mais le chemin reste long. "Ce qu’il faut comprendre, c’est que notre santé doit être une priorité. Si nous ne prenons pas soin de nous, nous ne pourrons pas soigner les autres", souligne-t-elle.
« la santé n’est pas rentable et ne peut pas l’être »
Depuis la publication de son livre, de nombreux collègues lui témoignent leur soutien et partagent leurs propres expériences de fatigue. Magalie a pu retrouver une partie de son activité à Montpellier, mais elle doit maintenant travailler à temps partiel. Son message aux décideurs reste clair : "La santé ne doit pas être gérée comme une entreprise. En surchargeant les soignants, on met en péril l’ensemble du système", conclut-elle avec passion.







