Un nouvel accord triennal entre la France et le Royaume-Uni a été signé ce jeudi pour endiguer les traversées clandestines de la Manche. Ce traité, qui renforce la contribution financière britannique, introduit une portion flexible pour mieux répondre aux besoins sur le terrain.
Les ministres de l'Intérieur, Laurent Nuñez et Shabana Mahmood, ont officialisé cet accord lors d'une conférence de presse à Loon-Plage, à proximité de Dunkerque. Après des mois de négociations, les deux gouvernements sont parvenus à un consensus pour prolonger le traité de Sandhurst, initialement signé en 2018.
La contribution de Londres va passer à 766 millions d'euros contre 540 millions pour la période précédente, et inclura pour la première fois 186 millions d'euros sous la forme d'une aide flexible. Ce dispositif permettra d'adapter les financements en fonction des évolutions des techniques utilisées par les réseaux de passeurs, comme l'a souligné Mme Mahmood. "Nous devons financer ce qui fonctionne et ajuster nos efforts à la lumière des nouvelles tactiques des passeurs", a-t-elle expliqué.
M. Nuñez a précisé que cette part flexible est garante, et sera réévaluée chaque année. "Chaque année, nous examinerons nos actions pour ajuster les fonds et les stratégies", a-t-il ajouté. Les critères d'évaluation incluront des mesures quantitatives et qualitatives, mais sans quotas fixes.
La majorité des fonds sera orientée vers le renforcement des effectifs sur le littoral français, passant à environ 1 400 agents d'ici 2029, une hausse notable par rapport aux 900 agents précédents. Ce renforcement permettra d'optimiser les actions sur le terrain, notamment en matière d'interventions et d'équipements tels que des drones et des caméras thermiques.
Cependant, la situation reste préoccupante. M. Nuñez a indiqué qu'il y avait eu une diminution de 56 % des traversées réussies par rapport à l'année précédente. Il a également cité le démantèlement de 28 réseaux de passeurs en 2022, pour un total de 480 interpellations. Malgré ces efforts, la France souhaite un engagement accru de l'Union européenne pour gérer cette frontière.
Les passeurs, pour leur part, modifient leurs stratégies, optant de plus en plus pour des départs depuis la Belgique, moins surveillée, et utilisant des méthodes telles que le "taxi-boat" pour embarquer directement des migrants dans l'eau.
Médecins sans frontières a critiqué cette approche, arguant qu'elle ne fait qu'augmenter les risques pour les migrants, les forçant à des traversées de plus en plus périlleuses. L'association Utopia 56 a également exprimé des inquiétudes face à des politiques jugées inefficaces, qui continuent de mettre en danger des vies humaines.
En 2025, plus de 41 000 personnes ont fait une traversée irrégulière vers le Royaume-Uni, un chiffre alarmant qui met à jour les défis persistants auxquels font face les autorités. Le bilan tragique inclut au moins 29 décès en mer, résultats d'une situation qui reste sous-vigilée.
Les forces de l'ordre françaises sont régulièrement critiquées pour leur manque d'action. Malgré la pression du gouvernement britannique, la France a adopté de nouvelles stratégies d'interception maritime, mais celles-ci restent peu appliquées afin de ne pas compromettre la sécurité des migrants. Il faut noter que 80 % des tentatives récentes de traversée utilisent ces fameux taxi-boats.
Alors que les élections locales approchent, la gouvernement britannique de Keir Starmer se trouve sous pression pour renforcer le contrôle des frontières, tandis que des voix s'élèvent pour que les démarches humanitaires soient mieux prises en compte.







