"Regardez... Là, à gauche, c'est mon père sur la photo". Au musée, les pages d'un album défilent sous les yeux de Rudolf Graf, un Allemand originaire d'Ulm, situé entre Stuttgart et Munich. Les images de son père, Karl, dévoilent des instants capturés à Azeville, à Cherbourg, et même à Jersey. Né en 1911, Karl Graf était caporal-chef au sein de l'armée allemande. Il a été affecté à la batterie d'Azeville de mai 1943 à juin 1944, mais n'était pas présent lors du Débarquement, étant en convalescence, comme l'indique Marlène Deschateaux, responsable du site. Après cela, il a combattu autour de Caen puis a été fait prisonnier aux Pays-Bas.
Outre les photographies, Rudolf découvre des billets de train d'époque dans son dossier, retraçant le chemin de son père, de l'Allemagne jusqu'à la gare de Valognes. Le musée l'accompagne sur les sites photographiés, notamment une soute de stockage de munitions. "Nous avons analysé chaque détail du béton et avons confirmé que cette photo a été prise ici. Les anciens du village nous avaient affirmé que cet espace servait de dortoir pour les soldats, mais il manquait de preuves concrètes. Avec les lits superposés et les casques retrouvés, nous avons désormais une certitude", explique Mathieu Delamotte, médiateur culturel.
Rudolf découvre des aspects de la vie de son père qu'il ignorait. "C'est une expérience inédite pour moi. Je mets mes pas dans ceux de mon père, qui ne m’a jamais parlé de sa vie à Azeville. L'important pour moi, c'est de suivre le chemin qu'il devait emprunter chaque jour", declare-t-il.
Cette recherche historique est en grande partie grâce à Torben Honhaurst, un passionné en Allemagne, qui a passé quatre ans à explorer les traces des 170 soldats allemands présents à Azeville. "J'envoie des bouteilles à la mer sur des sites de généalogie, et parfois une famille me contacte avec des photos ou des lettres", raconte-t-il. "Il est crucial de rappeler que ces soldats étaient des êtres humains, souvent conscrits, qui n'aspiraient qu'à la fin du conflit. De nombreuses familles détiennent encore des trésors, et savoir qui étaient ces soldats est essentiel pour nous."
Une mémoire à préserver
Le travail de Torben est souvent perçu avec scepticisme lorsqu'il contacte les familles. "Quand j’appelle, certains pensent que je cherche à vendre quelque chose..." confie-t-il en souriant. Il observe une évolution dans la perception de la Seconde Guerre mondiale en Allemagne. "C'est un sujet qui n'est plus tabou. Pour les générations passées, cela l'était, mais il est crucial de partager ces récits avec les jeunes, surtout avec l’actualité qui rappelle que la guerre n'est pas un jeu".
Après son séjour dans le Cotentin, Rudolf Graf entend poursuivre ses recherches sur l'histoire de son père. Les photos récemment numérisées auront également un impact futur sur les expositions du musée.







