Dans les semaines à venir, les consommateurs d'<a href="https://www.20minutes.fr/dossier/oeuf" class="c-link c-link--is-underlined">œufs</a> seront confrontés à une tension croissante dans les rayons des supermarchés. La première canicule du mois de mai, un phénomène peu courant, affecte directement le bien-être des animaux d'élevage, y compris les poules pondeuses, déjà confrontées à une pénurie persistante due à une augmentation de la consommation (+5 % entre 2024 et 2025) ainsi qu'à une réglementation de plus en plus contraignante.
Anne Collin, directrice de recherche à l'Inrae et experte en biologie avicole, indique : "Une vague de chaleur, surtout la première de l'année, peut perturber la production d'œufs, car les poules, soumises à un stress thermique, modifient leur comportement alimentaire lorsque la température de leur environnement n'est pas adéquatement régulée." Sous stress, les poules détournent leur énergie vers les fonctions vitales, négligeant ainsi la reproduction et, par conséquent, la production d'œufs.
Des œufs de qualité moindre
Une température constante de 32 °C peut entraîner une baisse significative de 15 à 30 % de la production d'œufs, selon la durée de l'épisode de chaleur. Yves-Marie Beaudet, président de l'interprofession française des œufs, souligne que bien que cela ne provoque pas nécessairement une pénurie, il y aura sans doute des tensions sur le marché. "La demande reste forte," ajoute-t-il.
En outre, la chaleur joue également sur la qualité des œufs, qui peuvent devenir plus fragiles sans un apport suffisant en calcium. David Renaudeau, zootechnicien à l'Inrae Bretagne-Normandie, explique qu'en période de chaleur, les œufs tendent à perdre en calibre et en robustesse, mettant les éleveurs face à des risques de déclassement et donc à des pertes financières.
Surmortalité et adaptations
Les effets de la canicule touchent non seulement la production mais aussi la viabilité des animaux. Tandis que les poules peuvent recommencer à pondre après un à deux jours, certaines conséquences, comme la qualité du jaune d'œuf, peuvent perdurer jusqu'à dix jours. Les vagues de chaleur peuvent également engendrer une surmortalité, avec des précédents marquants, comme les pertes de 45 millions d'euros enregistrées lors de la canicule de 2003, selon David Renaudeau.
Récemment, l'association Futur a dénoncé des conditions de transport inhumaines, avec des animaux bloqués pendant des heures sous le soleil, comme documenté sur <a href="https://www.instagram.com/p/DY1_r0xNIMR/" target="_blank" class="c-link c-link--is-underlined">Instagram</a>. La situation appelle à des interventions urgentes.
Des solutions en cours
Cependant, des progrès ont été réalisés depuis les crises passées. Anne Collin affirme que les éleveurs ont commencé à mettre en place des dispositifs tels que l'amélioration des systèmes de ventilation et de régulation thermique dans les bâtiments. "On essaie d'accompagner les poules pendant ces périodes de chaleur," confirme Yves-Marie Beaudet. D'autres mesures incluent une adaptation des horaires d'alimentation et la supplémentation en sels minéraux dans l'eau destinée aux animaux. "Le changement climatique exige une adaptation continue des pratiques en aviculture," conclut Anne Collin.







