A 70 ans, Mathias Moncorgé demeure souvent perçu comme “le fils de Jean Gabin”. Cet héritage est un poids qu'il porte sans s'y laisser enfermer, car lui-même n’avait jamais envisagé de suivre les pas de son père dans le monde du cinéma. Lors de son unique expérience sur un plateau de tournage, il s’est rendu compte des contraintes du métier, déclarant simplement : « JAMAIS je ferai ce métier-là ». Alors, comment s'épanouit-on avec un père considéré comme une icône du cinéma français ?
Dans la vaste propriété familiale de Moulins-la-Marche, l’ambiance était loin des lumières de Hollywood. Jean Gabin était surtout un père aimant, passionné par l'agriculture et la vie rurale, bien plus qu'une figure publique. L'acteur refusait même de prendre des projets durant les vacances scolaires, préférant passer du temps en famille. Cela soulève la question : qui était vraiment Jean Gabin dans l'intimité ?
Pour son fils, Gabin était avant tout un papa. Ce n'est qu'après le décès de son père en 1976 que Mathias a vraiment compris l'importance de son héritage. Il se souvient de films comme La Horse, qui lui rappellent son père en pleine nature, entouré d'animaux. Dans Le Tonnerre de Dieu, il voit le caractère entier de celui qu'il a connu. Pourquoi alors Jean Gabin a-t-il évité de parler de son métier avec ses enfants ?
Il avait établi une barrière claire entre sa carrière et sa vie personnelle ; « Le cinéma, c’était tout sauf la maison », dit Mathias. Il a plutôt choisi d'entretenir une écurie et l'hippodrome Jean-Gabin, perpétuant ainsi la passion de son père sans chercher à lui ressembler artistiquement. Malgré la perte de l’acteur, la famille a su rester unie autour de leur mère Dominique Fournier. Selon Mathias, « On pouvait travailler, alors on s’est débrouillés ». Jean Gabin a-t-il toujours sa place dans notre patrimoine culturel ?
Mathias attend sa réponse avec émotion : « Oui, il fait partie du patrimoine ». Cinq décennies après sa mort, les œuvres de Gabin continuent d'être diffusées, touchant ainsi de nouvelles générations. Un hommage est aussi prévu : une flottille des fusiliers marins dans le port de Lorient portera bientôt son vrai nom, Jean Moncorgé. Pour son fils, cela reste une belle reconnaissance. En somme, derrière l’image d’un icône, il n’oublie jamais que Jean Gabin était avant tout un père dévoué à sa famille.
Aujourd'hui, la relève semble prometteuse avec Alexis Moncorgé, le fils de Mathias et petit-fils de Jean Gabin. Comptant sur un parcours scénique indépendant, Alexis a su poser des limites avec les médias : « Vous venez pour moi ou pour mon grand-père ? ». Une manière inspirée d'établir sa propre identité sans s'effacer derrière l'immense ombre de son ancêtre.







