À l'occasion des 400 ans de la marine nationale, une exposition à Villeneuve-sur-Lot met en lumière l'histoire fascinante de l'exil de l'école navale à Clairac, située à 130 kilomètres des côtes, pendant la Seconde Guerre mondiale.
Automne 1942. Tandis que les Alliés débarquent en Afrique du Nord, les Allemands tentent de s'emparer de la flotte française à Toulon, bafouant l'armistice signé avec le régime de Vichy. Le 27 novembre, face à cette menace, les marins français prennent la décision radicale de faire sombrer la quasi-totalité de leurs navires. Comme le souligne l'historien Michel Lajoie, cette manœuvre dévastatrice se fait dans l'urgence, avec une coordination remarquable.
Un an plus tôt, l’école navale, communément appelée la Baille, avait quitté Brest pour se retrouver dans le Var, en zone libre. Après le sabordage, les élèves de la promotion 1942 se retrouvent emprisonnés, puis renvoyés dans des établissements scolaires, certains s'engageant même dans la résistance. Les officiers supérieurs, cependant, ne laissent pas leurs missions inachevées.
« Il fallait dénicher un endroit sécurisé en France, permettant la poursuite des cours et échapper à la surveillance allemande », explique Clair Morizet, président de la Société des amis de Clairac. En réponse à cette nécessité, la commune de Clairac est choisie comme refuge, grâce à son abondance de logements et son plan d'eau.
À l'automne 1943, près de 300 personnes, parmi lesquelles 91 élèves, s’établissent à Clairac. L'abbaye millénaire devient le quartier général de l'école, tandis que les élèves suivent leurs cours dans le château de Castille et divers logements loués par les habitants du coin.
Au fil des mois, les jeunes marins, surnommés « bordaches », égayent la vie locale, apportant une touche de couleur aux journées ternies par la guerre. « Chaque dimanche, ils apparaissaient en gants blancs et uniformes pour se rendre à l'église », se remémore Michel Lajoie. L'ambiance est si vivante qu'elle constitue une véritable bulle de joie au milieu de l'angoisse ambiante.
Parallèlement, une équipe retourne à Toulon pour récupérer secrètement des embarcations. Parmi eux, Guy Lajoie, père de Michel, qui forge des liens avec la région. Les bordaches ne se contentent pas de l'enseignement théorique et prennent des contacts avec la résistance locale, particulièrement actifs à partir du moment où le débarquement en Normandie a lieu.
Leur séjour à Clairac se termine dans la nuit du 14 août 1944, lorsque les marins, sous l'ordre de mobilisation, quittent la commune pour rejoindre la demi-brigade de l'Armagnac. Ils participeront aux combats à la pointe de Grave et à Royan sous la bannière de l'école navale.
C'est une épreuve qui marquera à jamais la petite commune de Clairac, mémoire vivante d'un chapitre de l'histoire militaire française qui ne doit pas être oublié. L'exposition qui se tient actuellement à Villeneuve-sur-Lot permet aux visiteurs de revivre ces moments forts, ancrés dans la mémoire collective.
Bien que l'école ferme ses portes en janvier 1945, son héritage perdure chez les habitants, témoins d'une époque où l'éducation militaire a su s'adapter aux tumultes d'une guerre mondiale.







