Le maire de Béziers, Robert Ménard, a clairement évoqué le fossé idéologique qui sépare sa génération et la jeunesse progressiste d’aujourd’hui. Dans un entretien révélation, il aborde sa vision d’une France où le bon sens se doit de prévaloir face aux défis sociétaux, tout en s'interrogeant sur une possible candidature à la présidentielle.
Causeur : Dans votre livre adressé à votre fille, vous évoquez un lien familial troublé, notamment à travers les divergences politiques qui l'animent, représentant ainsi cette « Nouvelle France » portée par Jean-Luc Mélenchon. Votre récit familial semble résonner avec celui de nombreuses familles modernes en France.
Robert Ménard : Oui, beaucoup me parlent du livre, même ceux qui ne sont pas en accord avec mes idées. Cela m'a rappelé qu’avoir des enfants aux opinions différentes est finalement vieux comme le monde. Cependant, avec la génération de Clara, je sens qu’un fossé plus profond s'est creusé. Autrefois, il y avait un langage commun, mais aujourd’hui, sa manière d’aborder des sujets comme le féminisme, par exemple, m’est étrangère. Nous évitons maintenant d'aborder certains thèmes, comme le conflit israélo-palestinien, pour éviter une dispute immédiate.
Ne craignez-vous pas d'être un peu trop émotif ?
Sans doute. Mais son regard sur moi me semble parfois injuste. Cette incommunicabilité est douloureuse car j’aime profondément ma fille. À mes yeux, elle reste ma « petite chérie ».
Comment Clara a-t-elle reçu votre Lettre ?
Elle a dû apprécier que je ne tombe pas dans le piège du vieux schnock qui dévalorise les opinions des plus jeunes. Ce mépris serait insupportable. Je pense qu'il est essentiel qu'une fille entende son père lui dire qu'il l'aime.
Vous évoquez aussi un moment humiliant à une pièce de théâtre où vous avez ressenti un mépris à votre égard.
Effectivement, un comédien incarnait le « bon sens », termes qui résonnent tout à fait avec mes convictions. Bien que cela ne m’était pas directement adressé, c'est devenu une satire de ceux qui partagent mes idées. Cela m’a blessé, d'où ma réflexion à ma fille : « Cette gauche intolérante ne te mérite pas. »
Cela découle-t-il d'une génération plus encline à « le bruit et la fureur », comme à LFI ?
Peut-être, mais il ne faudrait pas exagérer le phénomène mélenchoniste. De nombreux jeunes en France ne partagent aucune idéologie de gauche. À Béziers, lors des dernières élections municipales, les 20-ans ont été les plus nombreux à voter pour moi. Une fois, en boîte, j'ai été acclamé par des jeunes, dont je pourrais être le grand-père, chantant La Marseillaise.
Mais sont-ils représentatifs de votre commune ?
Pas de tous les quartiers, bien sûr. Cependant, dans une ville comme Béziers, où le rugby est passionnellement suivi, la diversité est bien présente, tant dans le public que dans l’équipe.
En ce qui concerne le football, il y a des questions plus délicates...
Ce n’est pas un sujet que je souhaite comptabiliser. Toutefois, j’ai dû gérer des biais communautaristes dans un club de foot, en interdisant des prières collectives dans les vestiaires. J'adopte une approche respectueuse mais ferme, car l'islamisme ne doit pas être confondu avec l'islam.
A Béziers, une grande partie de vos administrés est d'origine musulmane.
Oui, je dirais que jusqu'à 70 % des enfants des écoles publiques proviennent de cette culture. J'ai déjà été jugé pour l'avoir dit, mais il est crucial de combattre l’islamisme sans réduire l’islam aux actes de quelques-uns.
Comment définissez-vous les limites entre pratiques religieuses et libertés individuelles ? Pensez-vous, comme Éric Zemmour, qu'il faudrait imposer des prénoms français ?
Je ne pense pas qu’imposer des prénoms français soit nécessaire. Ce serait hypocrite. Néanmoins, il est difficile d'être un Mohammed en France aujourd'hui. Ma prise de position sur des sujets sensibles comme l'interdiction du voile pour les mineures témoigne d'une fermeté qui, j'en suis heureux, a été acceptée par la majorité de la population.
Vous redoutez une guerre civile en France ?
J’angoisse plutôt face à une possible montée de foyers de tensions. Un apartheid officieux semble se renforcer, avec des jeunes qui se sentent de moins en moins français. Cela nous amène à des situations où, dans des mariages, des gens arrivent en agitant des drapeaux de leurs pays d’origine, un signe de refus d’assimilation. Imaginez le bruit si j'alternais cela en tant qu’invité à Dakar avec un drapeau français.
Que pensez-vous des déclarations d'Emmanuel Macron sur la francophonie ?
Il semble évident que ses mots inconscients jettent de l’huile sur le feu pour ceux qui voient l’immigration comme une menace. C'est comme s'il voulait inciter à la discorde.
Peut-on éviter que le côte-à-côte s'installe ?
C'est possible, notamment en limitant les flux migratoires et en veillant à une intégration respectueuse. Nous devons être stricts envers ceux qui ne respectent pas les règles.
Le séparatisme est-il aussi le reflet de difficultés socio-économiques ?
Je ne tombe pas dans le piège du catéchisme. Il est évident que les difficultés d’intégration, comme le chômage, impactent la volonté d’adhésion à la société française. Mais, à côté de cela, je vois aussi que certains n’ont aucune intention de s’intégrer, raison pour laquelle une immigration sélectionnée est cruciale.
Que faire pour gérer l’immigration ?
Il existe d'excellents politiciens aux vues claires et justes, comme Bruno Retailleau et Marine Le Pen, qui ont su aborder cette problématique avant les autres.
Gagner la présidentielle n'est peut-être pas la seule condition.
Effectivement, il faut avoir le courage d'appliquer son programme, une tâche difficile, mais pas insurmontable.
Enfin, manque-t-il de l’expérience gouvernementale ?
Pas nécessairement. Lors de ma première victoire à Béziers, je me suis entouré de bons administrateurs qui savent mettre en œuvre mes décisions. Pour moi, l’essentiel est de demeurer en contact avec la population et de défendre leur bonheur.
Pensez-vous être un candidat potentiel à la présidence ?
Je n'affirme rien de tel. Je veux simplement souligner que la maîtrise technique n’est pas un obstacle pour prétendre gouverner. Et je sais que le jeunisme est désormais démodé. J’aimerais proposer un projet sensé, loin des extrêmes. Une candidature raisonnable et courageuse, indépendante des partis traditionnels.
Un autoportrait de vous-même ?
Qui sait… (Sourire.)







