Affaire Lyhanna : l'avenir de la castration chimique en France face aux critiques

Le débat sur la castration chimique remet en question la justice et la santé publique en France.
Affaire Lyhanna : l'avenir de la castration chimique en France face aux critiques
Jérôme Barella, principal suspect dans l'affaire de la mort de Lyhanna, avait fait l'objet de plusieurs signalements ou plaintes, notamment pour viol sur mineure. (Photo d'illustration) - J.Picaud/SIPA
Mathilde Durand

Mathilde Durand

L'essentiel

  • Le traitement inhibiteur de libido peut être proposé aux délinquants sexuels en France.
  • Il nécessite le consentement du patient et n'est pas obligatoire.
  • Un médecin uniquement peut prescrire ces traitements dans le cadre d'une injonction de soin.

Le sujet de la "castration chimique", désigné plus justement comme traitement inhibiteur de libido, refait surface fréquemment dans l'actualité. Le président des Républicains, Bruno Retailleau, a récemment suggéré de la rendre "obligatoire" pour certains délinquants sexuels suite au meurtre tragique de Lyhanna, 11 ans. Jérôme Barella, suspect principal, avait déjà été signalé pour des actes d'agression.

Cette méthode agit sur le taux de testostérone, soulageant ainsi les pulsions sexuelles déviantes, comme l'explique Florence Thibaut, psychiatre au CHU Cochin. Malgré son efficacité variable, elle est exclusivement dispensée sur consentement médical. Il est également important de préciser que le terme "castration chimique" est considéré comme inapproprié, selon les professionnels de la santé.

Consentement nécessaire

Cette option est intégrée au suivi judiciaire dans le cadre de l'article 706-47-1 du code de procédure pénale. Il est essentiel que le patient accepte ce traitement, sinon il pourrait faire face à des sanctions pénales pouvant atteindre sept ans pour les crimes.

Les statistiques en France

Florence Thibaut, dans son rôle de présidente de la commission santé mentale des femmes à l'association mondiale de psychiatrie, souligne qu'environ 10 à 15 % des délinquants sexuels en France sont traités avec des antiandrogènes, un taux qui reste inférieur à d'autres pays comme l'Allemagne ou le Canada.

Pas une solution miracle

Bien que le traitement inhibiteur de libido offre une option dans la lutte contre les récidives, l'efficacité n'est pas garantie. Walter Albardier, psychiatre à Paris, rappelle que la majorité des agressions ne sont pas uniquement liées à la sexualité, mais aussi à des problématiques de violence.

Les experts convergent sur le fait que rendre ces traitements obligatoires serait inefficace. Le consentement du patient est fondamental pour des raisons éthiques et de santé. Guillaume Callery, psychiatre au SMPR à Caen, conclut que l'imposition du traitement à des individus non motivés pourrait n'apporter que peu, voire rien, en termes de résultats.

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