REPORTAGE. Alors que l'Assemblée nationale a définitivement voté la proposition de loi sur la fin de vie, les Petites Sœurs des pauvres se trouvent dans une position délicate, résolues à ne pas pratiquer l'euthanasie. Plongée au cœur d'un établissement historique qui craint pour son avenir.
Il suffit de monter quelques marches au 49 rue Notre-Dame des Champs, dans le VIème arrondissement de Paris, pour entrer dans un univers à part. Derrière une façade blanche vétuste, à proximité du jardin du Luxembourg, se cache un lieu de vie paisible. Les Petites Sœurs des pauvres accueillent ici une soixantaine de personnes âgées aux revenus modestes.
Cependant, ce havre de paix est depuis quelques temps placé sous le poids d’une épée de Damoclès. L’avenir de l’établissement est incertain. “Comme responsable, je ne pourrai pas bloquer une équipe qui viendrait pratiquer l’euthanasie sur demande d’un résident”, s’inquiète Sœur Marie-Christine, la mère supérieure de la maison Notre-Dame des Champs. Pour elle, il est impératif de respecter la vie : “On ne doit pas écourter celle que Dieu a donnée.”
absence de clause de conscience pour les établissements de soins privés
La question d'une clause de conscience pour les établissements de soins privés, qui a été rejetée par les députés, aurait pu changer la donne pour une institution comme la leur, fondée en 1839 par Sainte Jeanne Jugan. Les religieuses craignent surtout la pression des autorités administratives : “Nous redoutons que nos agences régionales de santé (ARS) nous contraignent à réaliser de tels actes.” La mère supérieure est consciente qu'elle pourrait faire face à des sanctions judiciaires en cas de refus. “C’est comme une mise à mort par injection,” affirme le sénateur des Bouches-du-Rhône Stéphane Ravier, évoquant l'enjeu moral derrière la loi.







