Chaque semaine, Courrier International partage ses réflexions éditoriales. Dans le numéro en kiosque le 16 juillet, il aborde l'annonce de la candidature à l'Élysée de Marine Le Pen, députée RN, malgré une condamnation sévère. Ce choix, à la fois audacieux et moralement discutable, confronte la presse internationale à un dilemme, certains y voyant des échos aux méthodes de Donald Trump.
En complément, le magazine présente un dossier captivant sur l'engouement pour les ovnis aux États-Unis, alimenté par la récente déclassification de documents du Pentagone.
« Un rebondissement inattendu » (Le Soir) se déroule en deux actes. Le mardi 7 juillet, Marine Le Pen est condamnée en appel à trois ans de prison, dont un an ferme avec possibilité d’aménagement sous bracelet électronique, ainsi qu'à une inéligibilité de quarante-cinq mois, dont trente avec sursis, pour détournement de fonds publics dans le cadre de l'affaire des assistants parlementaires du Front National. Bien que les juges aient pointé la gravité des faits qui se sont étalés sur plusieurs années, ils ont également tenu compte « de la liberté de choix des électeurs », ce qui a influencé leur décision.
« Malgré la lourde sanction de la justice, » constate El País, le jugement « fournit à Marine Le Pen la marge de manœuvre nécessaire pour préserver sa carrière politique. » Conséquemment, le même soir, elle annonce sa candidature pour la présidentielle de 2027 tout en déposant un pourvoi en cassation, ce qui lui permet d’éviter momentanément le port d’un bracelet électronique qui aurait compromis sa capacité à faire campagne.
La presse internationale anticipait depuis plusieurs semaines le retrait possible de Marine Le Pen de la course à l'Élysée. « Le candidat le plus probable issu des rangs lepénistes aux élections de printemps 2027 pourrait être Jordan Bardella, l'eurodéputé âgé de 30 ans, » rapportait El Confidencial. Fin juin, The Economist évoquait également le président du RN comme un prétendant sérieux pour l'Élysée. Ainsi, la décision de la cour d'appel a pris les correspondants étrangers en France par surprise.
Bien que la presse internationale loue la décision des juges d'avoir rétabli l'éligibilité de Marine Le Pen, elle critique davantage son intention de se présenter malgré son lourd passé judiciaire. Ce choix apparaît comme un pari risqué susceptible d'impacter sa propre campagne, tout en constituant un véritable défi moral.
« La perspective de voir une personne condamnée par la justice accéder à la présidence ternit la crédibilité du processus électoral et affaiblit les institutions d’une nation qui est une puissance nucléaire et un membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, » s’indigne El País. La candidate semble s'éloigner de l'image de modération qu'elle tentait de projeter, affichant des traits de personnalité qui, d’après certains observateurs, la rendent plus proche de Donald Trump.
Cette dérive est également soulignée par le Financial Times : « Son positionnement comme victime d’un système judiciaire biaisé séduira probablement certains de ses partisans, mais cette stratégie peut également transformer sa campagne en une lutte façon Trump, éloignant ainsi les électeurs modérés dont elle a besoin. »
Matthias Krupa, correspondant pour Die Zeit, souligne la divergence de perceptions : « Une telle situation en Allemagne serait inimaginable. » Cependant, en Italie, la situation est prise avec ironie, comme l'explique Daniel Peyronel, correspondant pour divers médias italiens : « Même en France, il est possible de se présenter alors qu’on a été condamné. »
La dynamique entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, ces dernières semaines, laisse planer quelques doutes sur l’unité du mouvement RN. Alors que Bardella était vu comme le candidat prédestiné, il voit à présent son rôle redéfini. “En dépit de son ascension fulgurante, il reste une figure encore peu définie,” note The New York Times. Les divergences sur divers sujets, y compris l'économie et la politique étrangère, pourraient également influencer l’issue de la campagne.
Enfin, comme le souligne Joëlle Meskens dans Le Soir, les adversaires de Marine Le Pen doivent se battre sur le terrain des idées, car la victoire de l'extrême droite n'est pas inévitable. “Sur le terrain, dans les zones rurales et à travers le paysage méditerranéen, il est crucial d'offrir une alternative crédible à son populisme.”







