Redécouvrez la gourmandise à travers culture et convivialité.
Peut-on encore se permettre d'être gourmand à une époque marquée par les diktats de la minceur ? Les succès des ouvrages et émissions culinaires en France suggèrent que ce péché capital n'a jamais été aussi en vogue. Paroles d'experts, entre savoirs et saveurs.
Tous toqués, Passion : saveurs de notre enfance, Les Secrets de la casserole... Un simple coup d'œil dans les librairies illustre cette passion culinaire. Le livre de recettes, véritable œuvre d'art, est devenu un incontournable, tandis que les émissions télé sur la gastronomie captent toujours plus d'audience, transformant le goût en un sujet tendance. Actuellement, l’exposition Bon Appétit à la Cité des sciences attire les 9-14 ans et leurs parents, suscitant un bel engouement avec 170 000 visiteurs. Mais la gourmandise de 2021 est avant tout collective, le plaisir solitaire étant moins valorisé.
La gourmandise sociale
Claude Fischler, sociologue des habitudes alimentaires, affirme que malgré l'essor des recettes, le plaisir de manger devient de plus en plus tabou : "Lorsque je parle des États-Unis, le moral autour de la nourriture est alarmant. Il n'est pas question de goût ou de plaisir, mais plutôt de moralité et de contrôle de soi." En revanche, en France, les gourmands semblent jouir d'une liberté alimentaire. Un sondage récent montre que 92 % des Français prennent plaisir à manger, avec une forte préférence pour les repas en commun, valorisés par 93 % des répondants.
"Pour les Français, la convivialité est primordiale, la gourmandise est avant tout un acte social", indique Florent Quellier, auteur de Gourmandise, histoire d'un péché capital. La reconnaissance du repas gastronomique français au patrimoine immatériel de l'humanité par l'UNESCO illustre cette évolution des valeurs alimentaires, transformant la gourmandise d'un instinct animal en une pratique raffinée et enrichissante. Au fil des siècles, il est devenu essentiel de choisir des aliments dignes de son rang social, façonnant ainsi une approche plus noble de ce plaisir.
Le renouveau du sucré
La perception du sucré a également évolué. Autrefois considérée comme une faiblesse, la tendance au sucré revient en force, surtout lorsqu'il est associé au luxe. La popularité des desserts raffinés, comme les macarons de Pierre Hermé, témoigne de cette résurgence. Le philosophe Thierry Tahon évoque l'importance de redécouvrir les plaisirs de la table. Il prône l'idée de ralentir, de contempler et de savourer les plats. Les Français privilégient un repas long et partagé, signalant l'importance de l'expérience culinaire.
La gourmandise selon...
Blandine Le Callet, romancière
"Je suis ultra-gourmande. Partager un bon repas est un acte de lâcher-prise, un très joli aveu de faiblesse..."
Hélène Darroze, chef cuisinier
"Je suis une hypergourmande, et les plaisirs culinaires se partagent. Les voir savoureux est émouvant."
José Lévy, designer
"La gourmandise est liée à la curiosité et à l'appétit de vivre, et je considère le partage comme essentiel."
En somme, la gourmandise témoigne d'une évolution culturelle et sociale, intégrant le plaisir au cœur de nos interactions et de nos traditions culinaires.







