Présence de mercure, élevage intensif, mutations génétiques... Le saumon que nous mangions soulève bien des questions. Est-il temps d'arrêter sa consommation ? Comment choisir un produit de qualité ? Décryptage.
L'année dernière, la Norvège, premier producteur mondial de saumon, s'est lancée dans un projet ambitieux : créer une ferme offshore en haute mer pouvant accueillir plus d'un million de saumons. Cette installation géante, d'une capacité de 250.000 mètres cubes, inquiète les défenseurs de l'environnement. WWF Norvège et Greenpeace Norway pointent du doigt les conséquences de l'aquaculture intensive, notamment la prolifération des poux de mer, parasites menaçants pour les saumons d'élevage et leur espèce sauvage. De plus, les risques d'évasion des saumons d'élevage augmentent, pouvant causer des problèmes génétiques au fil du temps. Par ailleurs, des scandales alimentaires persistent : un mois avant Noël dernier, 60 millions de consommateurs révélait que près de 40 % des saumons bio contenaient des traces de mercure et d’arsenic, bien que dans des limites considérées comme sûres. Alors, peut-on consommer du saumon sans crainte ? Pour nous éclairer, François Chartier de Greenpeace France et Ingrid Cano, poissonnière au Petit Chalutier à Paris, apportent leur expertise.
Comprendre les enjeux de la consommation
François Chartier souligne qu'il ne s'agit pas d'éradiquer le saumon de notre assiette au profit d'autres poissons : "C'est déplacer le problème. Ce que nous voulons, c'est que les consommateurs prennent des décisions éclairées". Ce choix passe par la fréquence de consommation, le type de poisson, et les techniques de pêche. En Europe, le consommateur a la latitude de choisir sans mettre en péril sa santé. Ainsi, il est préférable de limiter la consommation de saumon plutôt que de l’éliminer complètement.
Labels et achats responsables
Pour s'assurer de la qualité, Ingrid Cano recommande de se fier aux labels, en particulier le Label Rouge. Celui-ci garantit une qualité supérieure basée sur des critères stricts, tels que le nombre de poissons par mètre carré et l'origine. Cependant, François Chartier reste sceptique, précisant qu’aucun label, même bio, ne garantit la provenance définitive des produits. Pour garantir la qualité, il est conseillé de se tourner vers les poissonniers locaux. Cela permet d'obtenir des conseils personnalisés et de choisir la fraîcheur plutôt que la quantité. En France, près de 66 % de la consommation de poisson est sous forme de produits transformés, soulignant l'importance de faire des choix éclairés.
Allier diversité et durabilité
Pas de solution miracle, mais la clé réside dans une consommation raisonnée et variée. Favoriser des repas occasionnels à base de saumon et de diversifier les espèces de poissons permet de réduire l'impact environnemental. "Il existe tant de variétés de poissons, pourquoi ne cuisinerait-on que du saumon, du thon ou du cabillaud ?" s’interroge François Chartier. Ingrid Cano ajoute que pour consommer de manière durable, il est essentiel de suivre les saisons et les arrivages au lieu de s'en tenir à des préférences figées. Enfin, même si un produit de qualité peut sembler coûteux, une consommation réfléchie en équilibre peut s'avérer plus économique à long terme.







