La donation entre époux peut être structurée de différentes manières : elle peut concerner des biens donnés du vivant des conjoints, bien que cela soit assez rare, ou être prévue pour le décès, ce qui est plus courant. Ce dernier cas, connu sous le nom de « donation au dernier vivant », est un mécanisme juridique qui vise à augmenter la part successorale du conjoint survivant. En effet, en l'absence de dispositions explicites, la loi favorise les enfants au détriment du conjoint. Ainsi, cette donation permet d'assurer une protection au conjoint survivant lors du décès de l'autre.
Toutefois, au fil du temps, un des époux peut ressentir le besoin de revenir sur cet engagement et d'annuler la donation. Mais peut-il faire cela sans que l'autre en soit informé ? Comment se déroule ce processus ? Cet article examine la possibilité d'annuler une donation au dernier vivant sans en informer son conjoint et les implications qui en découlent.
Qu'est-ce qu'une donation au dernier vivant ?
La donation au dernier vivant est définie comme une libéralité à cause de mort, signifiant qu'elle prend effet uniquement au décès du donateur. En revanche, une donation classique entraîne un transfert immédiat de bien. À défaut de donation au dernier vivant, la succession est régie par les articles 757 et suivants du Code civil.
- Si le défunt laisse des enfants communs, le conjoint survivant doit choisir entre l’usufruit de la totalité du patrimoine ou la pleine propriété d’un quart de la succession.
- Si les enfants ne sont pas issus du couple, le conjoint survivant n’a droit qu’à un quart de la succession en pleine propriété, sans possibilité d’usufruit.
- En l’absence de descendants, le conjoint hérite de la totalité, sauf si les parents du défunt sont en vie, auquel cas le patrimoine sera partagé.
La donation entre époux permet d’accorder des droits supplémentaires au conjoint, en offrant par exemple la totalité du patrimoine en usufruit, ou une combinaison de droits en pleine propriété. Les donations sont généralement établies lors d'un acte notarié.
Selon l’article 1096 du Code civil, les donations entre époux sont toujours révocables. Cela signifie que le donateur peut annuler la donation à tout moment, sans avoir à justifier sa décision.
Peut-on annuler une donation entre époux discrètement ?
La possibilité d'annuler la donation dépend largement de sa forme.
Cas d'une donation au dernier vivant
La donation au dernier vivant peut être révoquée unilatéralement et sans explications. Contrairement aux donations classiques, qui nécessitent un motif valable (tel que l'ingratitude), l'accord de l'autre conjoint n'est pas requis. Le donateur n'est d'ailleurs pas légalement contraint d'informer le bénéficiaire, ce qui peut engendrer des tensions au sein du couple si l'autre découvre la révocation tardivement. Dans tous les cas, le notaire est soumis au secret professionnel, il ne peut donc divulguer la révocation sans le consentement du donateur. Le bénéficiaire apprend souvent l'annulation uniquement après le décès, lors de l'ouverture de la succession.
Néanmoins, des exceptions existent :
- En cas de divorce : la donation est automatiquement annulée, sauf si les conjoints choisissent de la maintenir dans l'acte de divorce.
- Pour un conjoint sous curatelle ou tutelle : la révocation peut être contestée si elle est jugée contraire aux intérêts de la personne protégée, mais ces cas sont rares.
Cas d'une donation de biens présents
Dans le cadre d'une donation de biens présents entre époux, le bien est transféré de manière irrévocable depuis le 1er janvier 2005, sauf exceptions. Si la donation a été faite avant cette date, elle peut être révoquée. Ainsi, la date de la donation est cruciale pour déterminer sa révocabilité.
Cas d'une donation de biens à venir dans un contrat de mariage
Les conjoints peuvent convenir d'un contrat de mariage stipulant une donation de biens à venir, laquelle est irrévocable dans le cadre de la séparation de biens, sauf en cas de divorce ou de séparation de corps.
Quelles sont les formalités de révocation ?
La révocation peut s'opérer par testament ou par un acte notarié spécifique. Le testament peut être rédigé de manière olographe (écrit de la main du testateur) ou notariée. Quel que soit le mode choisi, il est primordial d'indiquer de façon explicite et claire la révocation de la donation.
Il convient également de mentionner que cette révocation ne prive pas automatiquement le conjoint survivant de ses droits d'héritage, sauf indications contraires dans le testament.
À noter : Le conjoint survivant demeure un héritier réservataire en l’absence de descendants, et ne peut être déshérité de sa part légale, même si un divorce est en instance tant qu'il n'est pas prononcé.
De même, le divorce ne fait pas automatiquement annuler un testament, sauf pour la donation au dernier vivant en l'absence de dispositions contraires.
Quelles sont les conséquences d’une telle annulation ?
La faculté de révocation engendre un climat d'incertitude. Cette annulation prive le conjoint de certains avantages liés à la donation, incluant potentiellement le domicile conjugal. Cela peut conduire à des conflits familiaux durant la liquidation de la succession. Cependant, le droit commun reste applicable, garantissant au conjoint des droits fondamentaux.
La donation entre époux est souvent perçue comme un acte de confiance. Une révocation secrète peut être interprétée comme une trahison. Il est donc recommandé d’adopter une approche ouverte avec son conjoint ou de consulter son notaire pour pleinement comprendre les conséquences de toute décision prise sans avertissement.
En somme, bien qu'il soit techniquement possible d'annuler une donation au dernier vivant de manière discrète, il est crucial d'évaluer les conséquences légales et familiales avant de prendre une telle décision sans en avertir son partenaire.







