Le déclin inquiétant de la marine britannique face à l'Allemagne et à la France

Le conflit au Moyen-Orient souligne le déclin de la marine britannique, autrefois redoutée.
Le déclin inquiétant de la marine britannique face à l'Allemagne et à la France
Le conflit au Moyen-Orient révèle le déclin opérationnel de la Royal Navy, affaiblie par des années de sous-investissement, au point de ne plus pouvoir assumer pleinement ses engagements internationaux.

Le débat fait rage : avec un seul destroyer déployé en Méditerranée, c'est l'Allemagne qui doit prendre le relais pour conduire des missions de l'Otan. Cette situation souligne les limites croissantes de la Royal Navy, vues comme une humiliation par une nation qui se vante de son héritage maritime. C'est dans le contexte des récents affrontements au Moyen-Orient et des frappes américano-israéliennes sur l'Iran que le Royaume-Uni est mis au banc des accusés.

La prise de conscience de cette réalité s'est accentuée après le déploiement tardif du HMS Dragon, un destroyer arrivé enfin pour protéger les installations britanniques à Chypre, récemment attaquées par un drone iranien. Jamais depuis plus de quarante ans Londres n'avait été sans un navire de guerre dans le Golfe Persique.

Dans le même temps, le porte-avions français Charles de Gaulle et des navires italiens et grecs sont déjà actifs dans la région, laissant les Britanniques dans l'embarras. Une situation que le journal The Telegraph a qualifiée d'"embarrassante", tandis que d'autres commentateurs décrivent cette faiblesse comme une "honte" pour le général à la retraite Richard Dannatt.

Récemment, l'Allemagne a annoncé qu'elle prendrait la tête d'une mission de l'Otan dans l'Atlantique Nord, un rôle traditionnellement dévolu au Royaume-Uni. En réponse, le ministre britannique de la Défense, John Healey, a essayé de minimiser la situation, insistant sur l'importance des alliances, tout en reconnaissant que le pays ne dispose plus que de 17 frégates et destroyers, contre 23 en 2010.

“Je ne me satisfais pas de la situation”, a-t-il cependant admis, ajoutant qu'il faut composer avec ce que l'on a.

Le chiffre est d'autant plus préoccupant que la majorité de ces navires sont actuellement hors service, en maintenance ou en cours de décommissionnement. Le député et ancien militaire Ben Obese-Jecty a déclaré sur X : "L'incapacité du gouvernement à gérer la flotte de la Royal Navy est devenue une honte nationale. C'est l'Allemagne qui doit nous prêter main forte maintenant.". Face à ces défis, de nombreux experts attirent également l'attention sur les retards dans la modernisation des frégates, qui ne seront pas remplacées avant 2028-2029.

La récente Revue de défense stratégique a souligné que les anciennes "plateformes vieillissantes" coûtent de plus en plus cher à entretenir. Même les porte-avions HMS Prince of Wales et HMS Queen Elizabeth, tout juste sortis de leur chantier naval, sont souvent immobilisés. Leurs capacités ont été qualifiées de "jouets" par Donald Trump, qui a critiqué le soutien tardif du Royaume-Uni envers l'Iran.

Des financements en attente

Dans un contexte géopolitique tendu, marqué par la guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient, "la marine britannique fait face à des défis monumentaux" a expliqué Nick Childs, expert à l'International Institute for Strategic Studies. La nécessité de mieux adapter les capacités de la Royal Navy à ses engagements est plus pressing que jamais.

Mark Sedwill, ancien chef de cabinet, a déclaré à BBC que l'érosion des capacités fondamentales dans la maintenance et la formation, observée sous plusieurs gouvernements, a eu des conséquences désastreuses. Alors que le gouvernement travailliste s'engage à accroître les investissements militaires, le plan initial, attendu pour la fin 2025, a été continuellement retardé, suscitant des frustrations dans le secteur de la défense.

Dans le cadre de cette réorganisation, le Royaume-Uni mettra l'accent sur la dissuasion nucléaire et le développement de forces hybrides, combinant navires et engins autonomes. Cependant, des voix, comme celle de Kevin Rowlands, expert à Rusi, soulignent que cette concentration sur le Nord Atlantique pourrait rendre difficile une intervention efficace en d'autres points chauds. Cela risque de faire de la Navy britannique une puissance régionale au lieu d'une force maritime globale.

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