Ce mardi soir, le retour des expulsions locatives devient une réalité, alors que l'année passée a enregistré un chiffre sans précédent. Les expulsions ont littéralement doublé par rapport à 2016, illustrant une crise profonde au sein du secteur locatif. 175 000 locataires ont également reçu un commandement de payer en 2025, marque d'une intensification des procédures de recouvrement, qui n'ont augmenté que de 2,4 % en un an.
Benoît Santoire, président de la Chambre nationale des commissaires de justice, soulève la question de l'adéquation de ces chiffres face à une population locative de 15 millions de logements. Les associations de défense des locataires, telles que Droit au Logement, craignent un surenchérissement de ces chiffres si aucune mesure concertée n'est entreprise. Leur porte-parole, Jean-Baptiste Eyraud, fustige le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, évoquant des ambitions d'expulsions atteignant 50 000 par an.
Débats autour d'un lien entre "impayés" et "squat"
Les inquiétudes grandissent alors que le ministre a confié une mission à Hugues Périnet-Marquet sur la gestion des impayés. Ce dernier a brusquement décliné, craignant une ingérence dans son mandat. Cette situation souligne les tensions autour du lien entre impayés de loyers et squats.
Jean-Baptiste Eyraud dénonce : "Assimiler des impayés à des squats, c'est un terrible message de cruauté sociale."
La loi Kasbarian-Bergé de 2023, également connue comme "loi anti-squat", a durci les conditions permettant aux locataires de contester leur expulsion. Vincent Jeanbrun défend que la loi vise à rétablir une confiance entre bailleurs et locataires. Mais pour de nombreux experts, le durcissement de la législation ne fait qu'aggraver les inégalités. Marie Rothhahn, spécialiste du logement, conteste : "Les petits bailleurs en difficulté ne représentent pas la majorité et doivent être indemnisés. Ce n'est pas réaliste de penser qu'une dette locative soit équivalente à un squat."
Les conséquences de la loi Kasbarian se font déjà ressentir. Au tribunal de Paris, le taux d'accompagnement pour les locataires en difficulté est tombé de 48 % en 2023 à seulement 35 % en 2024. Marie Rothhahn rappelle que des instructions de fermeté aux préfets sont également en place, ce qui aggrave la situation pour les personnes vulnérables.
Dans ce contexte tendu, Vincent Jeanbrun a émergé avec des projets de loi, promettant de corriger les lacunes actuelles. La situation reste délicate et sera à surveiller de près, alors que la trêve hivernale prend fin. Il apparaît que le logement en France est confronté à un avenir incertain, où les enjeux sociaux et législatifs sont plus que jamais entrelacés.







