"La France est déterminée à rattraper son retard dans la fabrication de drones de défense" a déclaré Catherine Vautrin, la ministre des Armées, en confirmant que la production de masse, d'abord chez Renault, débutera d'ici la fin de l'année. Le ministère voit cela comme une réponse nécessaire à des besoins de défense en constante évolution.
La réutilisation des capacités de production automobile est séduisante sur le papier. Renault, tout comme d'autres grands noms de l'automobile, reconnaît avoir un savoir-faire dans la production en série. "Nous sommes en mesure de produire des technologies de pointe tout en respectant des délais et des coûts compétitifs", affirmait un responsable de Renault lors d’une récente conférence.
Cependant, la complexité du domaine militaire est souvent sous-estimée. Le Japon, par exemple, a décidé d'augmenter son budget de drones à 277 milliards de yens (environ 1,7 milliard de dollars) mais doit faire face à l'insuffisance de sa capacité de production actuelle, poussant ainsi les entreprises à s'allier pour combler ces lacunes. Des discussions entre Volkswagen et des fabricants israéliens sur la défense aérienne en sont un exemple.
Des doutes fondamentaux sur la conversion
Eisaku Ito, directeur général de Mitsubishi Heavy Industries, met en garde contre cette reconversion. Selon lui, les chaînes de montage des voitures sont conçues pour produire en masse des modèles identiques, tandis que les drones nécessitent une flexibilité et des spécifications en constante évolution. "Tous ces commentaires semblent émaner de personnes qui ne perçoivent pas la complexité du sujet", a déclarait au Financial Times.
Il ajoute que les équipements fabriqués dans des usines automobiles pourraient rapidement devenir obsolètes, entraînant ainsi un considérable "gaspillage d'argent public". En effet, Renault prévoit de produire jusqu'à 600 drones par mois d'ici fin 2026, une ambition qui interroge quant à sa faisabilité réelle.
Réactions des autorités et des experts
La Direction générale de l'armement est néanmoins optimiste. Patrick Pailloux, son directeur général, affirme que la standardisation des méthodes de production automobile pourrait réduire considérablement les coûts des drones. Il préconise d'utiliser ces capacités pour garantir une production rapide, sans pour autant vouloir créer des quantités de drones qui pourraient rapidement perdre en pertinence sur le terrain.
Selon la DGA, la clé serait de conserver une altérité dans la production tout en garantissant une montée en capacité au bon moment. Si cette stratégie devait s'avérer efficace, cela pourrait indiquer une avancée significative dans le repositionnement industriel de la France.
En somme, la reconversion des usines automobiles en producteurs de drones représente un défi à multiples facettes, tant sur le plan technique qu'économique. Les différents acteurs de ce secteur doivent naviguer avec prudence dans la tempête de cette transition industrielle, pour éviter de sombrer dans un fiasco coûteux.







