En l'espace de quelques semaines, l'État de l'Andhra Pradesh, situé au sud-est de l'Inde, s'affirme comme le nouveau pôle de l'intelligence artificielle (IA) du pays, attirant un impressionnant montant de 26 milliards de dollars d'investissements de géants technologiques.
Nara Lokesh, le ministre des Technologies de l'information diplômé de Stanford, exprime sa fierté lors d'un entretien à New Delhi : "La révolution de l'IA se déroule ici, c'est indéniable. Nous avons décidé de saisir cette opportunité en tant qu'État et en tant que nation".
Traditionnellement associé à l'agriculture, l'Andhra Pradesh se tourne désormais vers la technologie, notamment grâce à deux annonces majeures : Google a révélé son intention d'établir à Visakhapatnam son plus grand centre de données hors des États-Unis, avec un investissement de 15 milliards de dollars sur cinq ans. Un mois plus tard, Reliance Industries, en coopération avec Brookfield du Canada et Digital Realty des États-Unis, a annoncé un projet similaire dans la même ville, pour un montant de 11 milliards de dollars.
"Notre État a capté près de 25 % de tous les investissements étrangers directs en Inde l'année dernière" se réjouit Lokesh, qui évoque aussi 760 projets totalisant 175 milliards de dollars en cours dans divers secteurs.
Visakhapatnam, bénéficiant d'une position stratégique sur la côte, à proximité des câbles sous-marins reliant l'Inde à Singapour, est désigné comme le cœur de cette initiative, avec une population de 2 millions d'habitants.
Ce projet ambitieux, que Lokesh surnomme déjà "Cyberabad", se doit aussi d'attirer d'autres grands acteurs de l'industrie technologique. Des entreprises comme Microsoft et Amazon promettent, de leur côté, d'investir 52,5 milliards de dollars pour développer leurs infrastructures en Inde.
Bien que l'Inde soit encore loin derrière les États-Unis et la Chine en matière d'IA, son milliard d'internautes représente un atout considérable. Le pays engage également un plan ambitieux de fabrication de semi-conducteurs avec une enveloppe de 18 milliards de dollars pour dix projets.
Lors d'un sommet prévu à New Delhi, le Premier ministre Narendra Modi fera état de ces efforts. Selon Lokesh, l'Inde bénéficie d'une situation démographique favorable et d'une stabilité politique sous la direction de Modi. Cela place le pays dans une position avantageuse pour figurer sur le podium de la compétition mondiale en matière d'IA, capable de traiter et d'exporter des données à des coûts largement inférieurs.
Pour séduire les géants de la Silicon Valley, l'Andhra Pradesh a mené une guerre féroce avec d'autres États indiens en offrant des terrains à un coût symbolique d'un centime. "Cela nous a permis de nous démarquer", indique Lokesh, persuadé que l'essor des emplois compensera largement ces concessions.
Le ministre rejette également les préoccupations relatives à l'impact de ces infrastructures sur les ressources en eau et en énergie. Il rassure en affirmant que les centres de données bénéficieront de l'eau des moussons et que trois des six contrats d'électricité prévus sont déjà signés. De plus, la construction de six réacteurs nucléaires de 1,2 gigawatt a obtenu l'aval du gouvernement central.
Concernant les craintes liées aux emplois, Lokesh souligne que chaque révolution industrielle a historiquement généré plus d’emplois qu’elle n’en a détruits, en particulier dans les pays qui ont embrassé ces changements. Bien qu'il admette qu'un encadrement de l'IA soit utile, il insiste sur le fait que "la régulation ne doit pas freiner l'innovation".
"La seule raison pour laquelle Google et les autres choisissent notre État", conclut-il, "est la rapidité avec laquelle nous mettons en œuvre les projets sur le terrain". Avec une confiance manifeste, Nara Lokesh se montre déterminé à atteindre des résultats à un rythme sans précédent pour l'Inde.







