A trois semaines des élections municipales, les professionnels du secteur des travaux publics dans les Hauts-de-France tirent la sonnette d'alarme. Ils accusent certaines collectivités locales de compromettre leur avenir en multiplicant les retards de paiement. Selon la Fédération Régionale des Travaux Publics des Hauts-de-France, certaines municipalités payent les factures dues aux entreprises avec des délais pouvant atteindre quatre à cinq mois, alors que la législation impose un paiement sous 30 jours.
Ces retards entraînent des conséquences désastreuses pour les sociétés concernées : trous dans la trésorerie, difficultés à honorer les charges et verser les salaires, mettant ainsi souvent leurs fournisseurs dans une situation précaire. Ces PME et TPE, bien que disposées à travailler, se voient contraintes de fermer leurs portes, une option qu’elles n’auraient jamais envisagée auparavant.
"Il est inacceptable qu’une telle situation perdure," déclare Frédéric Pissonnier, président de la Fédération régionale, soulignant que le problème n’est pas financier, car les collectivités disposent des fonds nécessaires au moment des travaux. Il est d’autant plus préoccupant que les raisons avancées pour expliquer ces retards sont souvent liées à l’organisation interne, comme le manque de personnel dans les services de trésorerie ou des difficultés avec les logiciels utilisés.
Kamel Ledraa, responsable de l’entreprise Ambiances TP, a dû stopper deux chantiers en janvier dernier à cause de ces retards de paiement. "Cela met en péril non seulement notre entreprise mais aussi l'ensemble du secteur," souligne-t-il, appelant les collectivités à être plus responsables.
À l’horizon, un besoin croissant en travaux publics est anticipé, avec une augmentation de 30% des demandes dans les prochaines années, principalement à cause de projets tels que le Canal Seine Nord et le futur EPR. Cependant, Pissonnier avertit que si les collectivités continuent de telles pratiques, les entreprises pourraient tourner le dos à la commande publique. "Les professionnels risquent d'opter pour le secteur privé, ou pire, de jongler avec la main-d'œuvre étrangère, faute de personnel disponible ici," avertit-il.
En préparation de l'échéance électorale, la Fédération s’apprête également à publier un "palmarès" des collectivités les plus problématiques. Lors du dernier classement en juin 2024, la Communauté d'Agglomération Valenciennes Métropole a été épinglée comme le plus mauvais payeur, avec un délai de paiement de 113 jours et un total de 15 millions d'euros payés en retard. D'autres collectivités, comme la mairie de Fourmies ou la Communauté d'Agglomération Grand Calais Terres et Mers, se voient également attribuer des délais inacceptables, de 87 et 79 jours respectivement.
Face à une situation aussi préoccupante, les entreprises de travaux publics des Hauts-de-France appellent à une prise de conscience et à des actions concrètes. Restera à voir si les promesses électorales parviendront à redresser la barre.







