Au cœur de Paris, la start-up Zoï offre des check-up médicaux personnalisés, où l'absence de matériel médical visible souligne une ambiance apaisante. Dans un cadre raffiné, ses cofondateurs, dont Ismaël Emelien, ancien conseiller d'Emmanuel Macron, visent à créer une expérience loin des hôpitaux traditionnels.
Les clients, appelés « membres », peuvent s'attendre à un soin intégré de quatre heures, comprenant 36 bilans variés, comme l'analyse de plus de 145 biomarqueurs et des examens d'imagerie avancée. Le coût de ces services s'élève à 3 600 euros, sans aucun remboursement par la Sécurité sociale.
"Plus de la moitié des maladies chroniques non transmissibles sont évitables par le comportement. Nous souhaitons fournir une feuille de route personnalisée pour vous aider à réduire ces risques", souligne Ismaël Emelien.
Cependant, cette approche préventive est qualifiée d'"extrêmement élitiste" par Christine Ferron, de la Fédération promotion santé. Elle trouve inacceptable qu'une telle offre soit envisagée comme une stratégie efficace face aux problèmes de santé actuels.
La polémique s'est intensifiée avec l'arrivée de Jérôme Salomon, ancien directeur général de la Santé, chez Zoï. "Mon but est de promouvoir la prévention, et ces bilans sont bien plus que des services cosmétiques", défend-il.
pas d'efficacité démontrée
Zoï n'est pas seule sur le marché. L'Hôpital américain de Neuilly propose aussi des bilans coûteux, et des start-ups comme Lucis émergent, avec des offres similaires allant jusqu'à 5 000 euros pour plusieurs bilans. Max Berthelot, fondateur de Lucis, insiste sur l'importance des recommandations autour de la nutrition et du mode de vie.
Cependant, Christine Ferron reste sceptique : les bilans de santé tels que proposés par Zoï ne semblent pas avoir prouvé leur efficacité et dévient des recommandations officielles.
Des experts médicaux, comme Eric Gilson, mettent en avant que l'analyse du microbiote n'est pas soutenue par les sociétés médicales, tandis que les biomarqueurs fournissent simplement des probabilités. Marion Albouy, médecin de santé publique, souligne que prendre conscience d'un risque ne change pas nécessairement les comportements.
bilans gratuits : une alternative accessible
Malgré l'essor des check-up privés, il existe des options gratuites. Le programme "Mon bilan prévention" mis en place par l'assurance maladie, permet aux jeunes adultes et aux personnes âgées de faire un bilan santé, bien que son audience soit encore limitée.
Les chiffres montrent que ces check-up privés profitent en majorité à une élite, nuit à l'accès aux soins pour le reste de la population, et aggravent ainsi les inégalités sociales. En effet, Marie Persiani évoque une vision trop centrée sur l'individu, ignorant les influences sociétales sur la santé.
La multiplication de bilans pourrait également entraîner des traitements inutiles et accroître l'anxiété chez les patients, mettant en lumière un paradoxe : en cherchant à prévenir, on risque d'exacerber des injustices existantes dans le domaine de la santé.







