Certains choix politiques s'accompagnent d'une cécité sournoise, frottant contre l'orgueil au lieu de l'erreur. La guerre amorcée par Donald Trump contre l'Iran en est un exemple. Initialement perçue comme une démonstration de force, elle s'est transformée en un engrenage dans lequel le président peine à reprendre le contrôle.
Le scénario était apparemment écrit d'avance, ou du moins c'est ce qu'il espérait. Une confrontation brève, ciblée, spectaculaire. L'objectif : valoriser l'image d'un président puissant à l'approche des élections de mi-mandat. Hélas ! La réalité a déjoué ces prévisions. En l'espace de trois semaines, nous sommes passés d'une opération soigneusement orchestrée à une escalade régionale imprévue. L'attaque israélienne sur un site gazier iranien, suivie des représailles de Téhéran contre les installations des monarchies du Golfe, ont marqué une rupture. La communication chaotique de Washington, soumise aux pressions du Qatar, illustre la déliquescence de la stratégie américaine, non pas par une faiblesse militaire, mais par une incohérence politique manifeste.
En ignorant ses diplomates – dont de nombreux experts sur l'Iran licenciés – et en négligeant ses propres agences de renseignement, Trump a encore une fois pris le risque de privilégier l'instinct sur l'expertise. Ce choix s'avère être un pari imprudent, empreint d'un orgueil démesuré.
Cette guerre ne résulte pas uniquement d'une décision solitaire, influencée par des alliances politiques et croyances idéologiques. Elle doit aussi se lire à travers la dimension religieuse qui, parfois sous-jacente, justifie cet affrontement. Au sein de la coalition trumpienne, le conflit avec l'Iran prend une tournure apocalyptique : la défense d'Israël en tant que préliminaire biblique et une guerre jugée "juste", somme toute nécessaire à l'accomplissement d'un dessein supérieur. Des leaders religieux autour de Trump évoquent une "libération" et une "mission". Dans certains cercles militaires et politiques, le langage de l'Armageddon émerge... Face à cela, l'Iran répond non seulement par une stratégie, mais aussi en se positionnant comme un acteur animé par une vision sacrée de la résistance. Deux narratives de légitimité s'opposent, dans un climat où l'espace politique se réduit, rendant toute résolution diplomatique de plus en plus insaisissable.
Le risque d'un enlisement devient alors palpables. Trump a sous-estimé son homologue, sa capacité de nuisance et sa stratégie d'usure. Plus alarmant, il ignore les conséquences d'un conflit prolongé dans une région cruciale pour l'énergie mondiale. Chaque attaque rapproche le détroit d'Ormuz d'un point de bascule, exacerbant le spectre d'un choc pétrolier aux ramifications économiques mondiales.
L'histoire se montre sévère envers les dirigeants qui confondent promptitude et précipitation. Le Vietnam, l'Irak, l'Afghanistan : ces guerres américaines, pensées comme des victoires décisives, se sont ensablées dans la durée. En s'engouffrant dans cette "croisade" pour ce qu'il désigne comme le mal, Donald Trump croyait orchestrer un dénouement rapide. Il pourrait bien, en réalité, avoir ouvert une phase irréversible, où chaque geste de désescalade serait un recul et chaque escalade, une fuite en avant. Entre ces deux pièges, Donald Trump se retrouve piégé dans une situation qu'il désirait éviter : un conflit long, coûteux, incertain. En d'autres termes, un bourbier.
La nature des bourbiers réside dans le fait qu'on y pénètre seul, qu'on perd toute maîtrise sur le calendrier et qu'on en émerge rarement plus fort.







