À la veille des élections, Budapest se transforme en tableau inquiétant plutôt qu'en tableau électoral dynamique. Les affiches politiques dominent l'espace urbain, mais le climat d'incertitude prédomine. Miklós Ligeti, directeur juridique de Transparency International Hungary, se montre pessimiste sur la santé démocratique d'un pays où le contrôle des médias et les lois biaisées occultent la transparence électorale.
Le ministère de la Justice étant devenu un terrain de jeu pour les manigances du Premier ministre Viktor Orbán, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a qualifié les élections d'"libres mais non équitables". Ligeti va plus loin en affirmant : "La Hongrie n’est plus une démocratie au sens où nous l’entendons normalement dans d'autres pays occidentaux."
Un système d'achat de voix inquiétant
Les témoignages des électeurs révèlent des pratiques alarmantes. Lazos Farkas, habitant d'une région à forte population rom, confie : "Des gens reçoivent jusqu'à 10.000 forints [environ 26 euros] pour voter." D'autres, comme Dora Lakatos, ajoutent que des denrées de première nécessité, comme de la farine ou du sucre, sont également échangées contre des votes, et que la peur d'en parler est omniprésente.
Le phénomène n’est pas nouveau, mais s'est amplifié sous le gouvernement actuel. Le documentaire Le Prix d’un vote aborde cette thématique, indiquant que Fidesz aurait sécurisé entre 200.000 et 300.000 voix grâce à ces pratiques en 2022, et pourrait doubler ce chiffre en 2026, selon un organisateur local.
La santé et l'emploi au cœur des enjeux électoraux
Ligeti qualifie cette dynamique de "système féodal" où des figures locales, allant des maires aux médecins, contrôlent l'accès essentiel à des ressources telles que l'emploi ou l'aide sociale. Dans certaines municipalités, comme Nyírbogát, la médecin et maire locale clipe le pouvoir sur les soins de santé, créant un environnement où le vote selon les normes du Fidesz est non seulement encouragé mais quasi imposé.
"Pour les Roms, le programme d'emplois d'État devient une menace. S'ils ne soutiennent pas le parti, ils risquent d'être exclus et de perdre leur poste", explique Judit Ignácz, membre du Centre européen pour les droits des populations rom.
Chantage au sextape et manipulation électorale
Les méthodes de chantage, tout autant que les manipulations financières, ne se limitent pas à l'achat de voix. Des menaces de diffusion de soi-disant sextapes impliquant des candidats sont utilisées pour décrédibiliser les rivaux. Selon le Washington Post, des agents russes auraient même envisagé de créer un climat de crise pour renforcer la popularité de Viktor Orbán.
Fidesz a également redessiné les circonscriptions électorales à son avantage. En conséquence, malgré n'obtenant que 54 % des voix lors des élections de 2022, le parti a réussi à s'approprier les deux tiers des sièges.
Cependant, dans les rues de Budapest, malgré cette ambiance de trahison politique, un espoir persiste : "Ce qui est nouveau, c'est que le jeu est ouvert. Et ça, en soi, c'est déjà une victoire", souligne Miklós Ligeti.







