Longtemps perçu comme un univers exclusivement masculin, le métier de sapeur-pompier s'ouvre progressivement aux femmes. Entre les pionnières d'hier et les nouvelles recrues d'aujourd'hui, le chemin est marqué par des avancées significatives, mais de nombreux défis persistent.
« Ce jour-là, j’ai pavé la voie pour toutes », se remémore Françoise Mabille. En 1974, à seulement 24 ans, elle se bat pour entrer dans la caserne de Barentin (Seine-Maritime). Fortement soutenue par les autorités locales, elle devient la première femme en France à rejoindre un centre de secours.
Pionnière malgré elle, Françoise défie les normes, deux ans avant la législation de 1976 qui autorise officiellement les femmes à devenir sapeurs-pompiers. À sa retraite en 2011, elle constate : « J'ai été seule pendant vingt ans ; à la fin, nous étions cinq pour cent de femmes. »
En 2024, les femmes représentent 23 % des effectifs des pompiers civils, une belle progression par rapport aux 6 % de 2003. Néanmoins, leur présence demeure faible dans les rangs supérieurs. Apolline Detruiseux, 28 ans, une jeune capitaine de la Marne depuis 2019, explique : « C’est un milieu encore masculin, et cela crée des réticences. » Actuellement, seulement 11 % des officiers chez les pompiers volontaires sont des femmes, et ce chiffre descend même à 6 % parmi les pompiers professionnels.
À Paris, où, comme à Marseille, les pompiers sont soumis à un statut militaire, les femmes ne représentent que 4 % des effectifs, malgré leur accès aux casernes depuis 2002.
Mathilde, 25 ans et élève à l'école des sapeurs-pompiers de Valenton (Val-de-Marne), témoigne : « Il y a peu de temps, je pensais que ce métier était inaccessible, trop difficile pour moi. » Pourtant, après trois mois de formation, elle excelle dans les exercices, entourée uniquement de camarades masculins.
L'intégration : un défi persistant
Comme dans d'autres métiers traditionnellement masculins, l'intégration des femmes au sein des casernes reste complexe. « À mon époque, il n'y avait même pas de vestiaires pour femmes ; j'avais un placard parmi les hommes, » se rappelle Françoise Mabille, désormais âgée de 76 ans. « On me prêtait des uniformes, et je choisissais des collègues similaires à moi. » Récemment, des améliorations ont été apportées, comme des vestiaires et sanitaires dédiés, ainsi que des équipements adaptés aux femmes depuis 2020.
Un autre progrès a été réalisé grâce à la loi Matras de 2021, qui impose à chaque Service départemental d’incendie et de secours de désigner un référent « mixité et lutte contre les discriminations ». Ce référent a pour rôle de recueillir les signalements de harcèlement et d'assurer un environnement de travail plus accueillant.







