Kim Su-jin et son mari ont mis de côté leurs préoccupations pour accueillir leur premier enfant dans une Corée du Sud confrontée à un déclin démographique, mais où le nombre de naissances commence à montrer des signes d'augmentation.
Avec l'un des taux de fécondité les plus bas au monde, le pays investit des milliards d'euros pour inciter les citoyens à fonder des familles et atténuer les conséquences de ce déclin. Selon des données officielles, le taux de fécondité a légèrement augmenté, passant de 0,75 enfant par femme en 2024 à 0,8 en 2025. Bien que ces chiffres soient encourageants, ils demeurent très en deçà des 2,1 enfants nécessaires pour maintenir une population stable.
En février, près de 23 000 bébés ont vu le jour, marquant un record pour ce mois depuis sept ans, avec une hausse mensuelle de 13,6 % par rapport à l'année précédente, la plus forte évolution depuis le début des relevés en 1981, selon le ministère des Statistiques.
Avant d'accueillir sa fille en janvier 2025, Kim Su-jin, 32 ans et travailleuse indépendante dans l'industrie musicale, a choisi de se concentrer sur le bonheur que cet enfant lui apporterait, tout en essayant d'évacuer ses préoccupations financières concernant le logement et l'éducation.
- "Alléger la charge" -
Les avis des experts divergent sur les raisons de cette légère hausse des naissances et l'impact réel des politiques de natalité. Selon Hong Sok-chul, professeur d'économie à l'Université nationale de Séoul, les programmes gouvernementaux montrent une efficacité relative. "Au lieu d'imposer le mariage ou la procréation, le gouvernement a cherché à diminuer les coûts associés pour rendre ces choix plus attractifs", explique-t-il.
Kim Woo-jin, âgé de 33 ans, a bénéficié de deux millions de wons (environ 1 170 euros) à la naissance de sa fille, ainsi que d'une aide supplémentaire pour les frais de maternité. Elle affirme que ces subventions ont "significativement réduit la charge financière" liée à l'arrivée d'un enfant, contribuant à la reprise des naissances.
Des aides mensuelles d'un million de wons sont attribuées aux parents durant la première année de leur enfant, en plus de prêts à faible taux d'intérêt pour l'achat d'un logement et de congés parentaux prolongés.
Cependant, ces incitations ne semblent pas suffire pour influencer le choix de nombreux couples. "Le problème ne se résume pas à quelques millions de wons", déclare Kim Su-jin, mettant en avant des préoccupations telles que la hausse des coûts de la vie, le harcèlement scolaire et l'impact de l'intelligence artificielle sur l'emploi.
Lee Sang-lim, démographe à l'Université de Séoul, exprime des doutes quant à la corrélation entre les politiques gouvernementales et l'augmentation des naissances. Selon lui, il est probable que les conditions de maternité et d'éducation se soient améliorées grâce à des années de soutien, mais cela ne suffit pas à renverser la tendance. Park Hyun-jung, un responsable du ministère de l'Économie, souligne que la montée actuelle des naissances est surtout due à l'arrivée d'une génération plus nombreuse, née dans les années 1990.
La récente hausse pourrait également être liée aux naissances différées pendant la pandémie de Covid-19. Lee note que les Sud-Coréens de cette génération semblent plus enclins à fonder une famille. Toutefois, il reste prudent, déclarant qu'il est "prématuré de parler de tournant démographique", ajoutant que le nombre de naissances pourrait encore chuter rapidement après ce pic temporaire.







