Le mouvement islamiste palestinien, le Hamas, se retrouve à un tournant décisif alors qu'il s'apprête à organiser des élections internes cruciales après plusieurs mois de gouvernance collective. Cette initiative vise à garantir sa place à l'avenir dans la bande de Gaza, qui a été dévastée par les récentes hostilités avec Israël.
Suite à l'attaque du 7 octobre 2023, qui a déclenché un nouveau conflit, la hiérarchie du Hamas a été profondément ébranlée. Le territoire de Gaza souffre d'une crise humanitaire aiguë, avec 2,2 millions d'habitants vivant dans des conditions désastreuses. Selon une analyse de France24, la situation s'est aggravée en raison des violences persistantes et des frappes israéliennes récentes, qui ont causé la mort de plusieurs civils, dont des enfants.
Le cessez-le-feu actuellement en vigueur, instauré sous la pression de Washington, demeure fragile. Les accusations mutuelles entre Israël et le Hamas concernant des violations de la trêve ajoutent à l'incertitude. Dans ce climat tendu, le Hamas doit redéfinir sa stratégie à long terme pour assurer sa survie.
Conformément aux déclarations d'un responsable du mouvement à l'AFP, la mise en place d'un nouveau dirigeant est attendue en 2026, avec une approche inclusive qui prendra en compte les membres actuellement incarcérés par Israël. Le processus électoral inclura l'élection d'un Conseil de la Choura de 50 membres, majoritairement composé de figures religieuses, représentant le Hamas à Gaza, en Cisjordanie et à l'étranger. Cette Choura sera chargée, tous les quatre ans, d'élire les 18 membres du Bureau politique ainsi que son leader.
Cette réorganisation fait suite à la perte de figures clés au sein du mouvement, notamment Ismaïl Haniyeh, abattu par les forces israéliennes à Téhéran en juillet 2024, et Yahya Sinouar, éliminé en octobre de la même année à Rafah. Ces pertes ont entraîné le recours à un Bureau politique restreint de cinq membres, une approche temporaire qui vise à réduire les risques d’assassinats ciblés, comme l’a expliqué le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR).
Malgré le secret qui entoure la hiérarchie du Hamas, deux noms se démarquent dans la course à la direction : Khalil al-Hayya, qui occupe des rôles de leadership depuis 2006 et qui a une expérience significative dans les négociations avec Israël, et Khaled Mechaal, ancien chef du bureau politique, connu pour avoir transformé le Hamas en une entité à la fois militaire et politique.
Certains experts, comme David Khalfa, de la fondation Jean-Jaurès à Paris, soulignent que l'équilibre délicat entre les différentes branches du mouvement se joue sur le plan régional. Avec l'Iran, qui reste un partenaire stratégique crucial, toute instabilité dans le pays pourrait sérieusement affecter le Hamas. Khalfa avertit qu'un effondrement du régime iranien provoquerait « une catastrophe » pour le mouvement, déjà fragile dans un contexte de tensions croissantes.
Alors que les manifestations en Iran sont suivies de près par le Hamas, le moment est essentiel pour la survie politico-militaire du mouvement. Les décisions prises dans les mois à venir seront déterminantes pour son avenir et son rôle dans la région, marquée par des enjeux complexes et pressants.







