Paris (France) – Les débats autour du budget 2024 à l'Assemblée nationale semblent épars et marqués par des tensions croissantes, laissant présager l'utilisation imminente de l'article 49.3, qui permettrait au gouvernement d'adopter le budget sans vote, faute de majorité.
Depuis le début de la nouvelle lecture, l'assistance a été clairsemée, et les échanges ont manqué de cohérence, renforçant l'idée que le gouvernement pourrait rapidement trancher la question budgétaire. Mercredi, les députés du Rassemblement national ont, dans un récent vote, obtenu la réduction de la dotation globale de fonctionnement de 4,9 milliards d'euros, un résultat jugé "ubuesque" par des membres de Régions de France.
Jeudi matin, le gouvernement a subit un revers de taille lorsque son amendement sur la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, censé rapporter 6,3 milliards d'euros en 2026, a été rejeté. Cet amendement était pourtant l'une des pierres angulaires des négociations avec le Parti Socialiste, qui espérait des recettes accrues pour compenser les baisses de dépenses.
Malgré ces revers, l'esprit de compromis semble palpable, mais seulement en coulisses. Parallèlement aux débats tumultueux à l'hémicycle, des discussions secrètes se poursuivent entre le PS et le gouvernement pour parvenir à un accord sans censure. En effet, le Premier ministre Sébastien Lecornu, présent jeudi à l'Assemblée, a échangé avec plusieurs parlementaires.
Le sentiment d'une "fatigue sans fin" a été exprimé par un membre éminent des Républicains, qui souligne l'incertitude entourant la direction que prendront les débats. Sans une vision claire des accords potentiels, de nombreux députés semblent revenir à leurs positions initiales, ce qui n'aide guère la situation.
Tandis que des rumeurs circulent sur un conseil des ministres en fin de semaine, la possibilité d'un recours à l'ordonnance – une procédure très critiquée pour son aspect antiparlementaire – devient de plus en plus probable. Philippe Brun, négociateur pour le PS, a déclaré : "Aucune femme, aucun homme attaché à la défense de la République ne peut accepter ce qui ne serait ni plus ni moins qu’un nouveau 18 Brumaire."
Le véritable défi pour l'exécutif sera de prendre une décision avant le vote sur la partie "recettes" du budget, qui pourrait entraîner un rejet direct du texte par le Sénat. Avec moins de 500 amendements restant à discuter, la pression monte.
"Il est fort probable qu'une décision soit prise d'ici mardi," a analysé un proche du Premier ministre, tout en précisant qu'aucun budget final ne serait adopté avant la mi-février. Tout ceci devrait se clarifier dans les prochains jours, alors que la confiance dans un compromis s'effrite.







