La guerre au Moyen-Orient : un tournant critique pour l'économie du Golfe

Les tensions au Moyen-Orient menacent les économies déjà fragiles des monarchies du Golfe.
La guerre au Moyen-Orient : un tournant critique pour l'économie du Golfe
Des transats inoccupés d'une plage à Dubaï (Emirats arabes unis), le 11 mars 2026. (FADEL SENNA / AFP)

Les monarchies du Golfe, en pleine quête de diversification économique pour se préparer à l'« après-pétrole », subissent de plein fouet les répercussions des récentes attaques iraniennes. Depuis le début des hostilités, la stabilité économique de ces pays est menacée, mettant en lumière les fragilités d'un modèle économique traditionnellement centré sur l'or noir.

Le climat de prospérité, autrefois caractéristique des pays du Golfe, est désormais sérieusement ébranlé. Les infrastructures clés comme les aéroports, installations militaires, et les centres énergétiques deviennent des cibles, illustrant la vulnérabilité de la région. Depuis le 28 février, plusieurs pays, notamment les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite, ont été victimes de frappes irannienes, causant la mort de 26 personnes, dont 11 civils selon les bilans des autorités.

Camille Lons, directrice adjointe du Conseil européen pour les relations internationales, évoque un "possible cataclysme" économique pour la région, soulignant l'impact direct de la guerre sur les secteurs déjà en tension.

Le détroit d'Ormuz et son impact économique

Les infrastructures énergétiques font face à des frictions sérieuses. QatarEnergy a suspendu sa production de gaz naturel liquéfié dès le 2 mars, et le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % de la production mondiale de pétrole, fait trembler toute la région. Environ 40 % du PIB des États du Golfe dépend directement de cette ressource vitale, comme l'indique une note du Trésor.

Pour contrer la baisse des exportations, les pays producteurs de pétrole de la région envisagent une réduction de leur production d'au moins 10 millions de barils par jour. "Bien que cela impacte leurs revenus à court terme, la montée des prix compense partiellement cette perte", analyse Lons. Cependant, la situation varie entre les États ; par exemple, l’Arabie saoudite, avec ses réserves considérables, pourrait mieux gérer cette crise comparée à d'autres pays du Golfe.

Un problème à long terme se profile à l'horizon : la crise pourrait inciter les nations à diversifier leurs sources d'énergie, accelerant les investissements dans les énergies renouvelables.

Des efforts de diversification compromis

Les monarchies du Golfe ont engagé des efforts pour diversifier leurs économies, cherchant à s'articuler autour d'une économie post-pétrolière. "C'est un enjeu existentiel pour ces États qui fondent leur stabilité sur cette ressource", souligne Lons.

Dubaï, par exemple, a mis en place un écosystème logistique autour de son port de Jebel Ali, un des plus grands au monde, et de son aéroport international. "Cela fait de Dubaï un hub de transport et de connectivité", précise Lons. Toutefois, cette dépendance à la confiance des investisseurs internationaux est précaire. "Si la région devient perçue comme instable suite aux conflits, cette confiance pourrait rapidement s'effriter".

Récemment, des entreprises étrangères ont commencé à évacuer leurs bureaux en réponse à l'annonce iranienne de cibler des centres économiques.

Une expatriation menacée et le secteur du tourisme en péril

La population expatriée constitue une part significative des monarchies du Golfe, représentant près de 90 % des habitants aux Émirats. Parmi eux, près de 40 000 Français. Selon Lons, "ils sont là pour des raisons économiques et n’ont pas de liens durables ; si les perspectives de gain s'évanouissent, ils n'hésiteront pas à partir". La chercheuse conclut en affirmant que

"Les pays du Golfe souffrent d'une très grande volatilité de leur population."

Camille Lons

chercheuse et directrice adjointe du bureau parisien du Conseil européen pour les relations internationales

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