Renaissance reprend à l’Assemblée une discussion autour d'une proposition de loi de LR, visant à contraindre 1,5 million de salariés à travailler le 1er-mai, la Journée internationale des travailleurs, traditionnellement chômée et rémunérée. Cette initiative soulève l'indignation au sein de la gauche, tandis que le gouvernement promet un décret d'application immédiat.
Depuis l’arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir en 2017, une forme de maltraitance des travailleurs apparaît comme une constante, impliquant des réformes du Code du travail qui allègent les protections. Ces changements incluent des ordonnances facilitant les licenciements, une réforme de l'assurance chômage plus restrictive, et récemment, une réforme des retraites visant à repousser l'âge de départ.
Le 10 avril, le gouvernement reprend à l’Assemblée une proposition de loi déjà votée par le Sénat, avec l'intention de l'adopter rapidement. Cette loi obligerait notamment des commerces et établissements culturels à rouvrir le 1er-Mai, ce qui est particulièrement ironique lorsque l'on sait que ce jour a été établi comme jour férié à l'initiative de la France en 1889, avec une reconnaissance mondiale dans 163 pays.
Une loi au bénéfice des grandes enseignes
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, Gabriel Attal se met en scène dans une boulangerie pour défendre la loi, affirmant : « Vous saviez que les boulangers et les fleuristes n’avaient pas le droit d’ouvrir le 1er-Mai ? Et pourtant, ils demandent à pouvoir travailler ! » Cependant, cette assertion est mise à mal par Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, qui souligne : « On nous parle des petits commerçants, mais en réalité, cette loi favorise les grandes enseignes telles que Carrefour et Fnac. »
Binet ajoute : « Ils prétendent que ce sera payé double. Mais le 1er-Mai, on est déjà payé sans être présent au travail. Leur but est de voler aux travailleurs ce jour de repos pour gonfler leurs profits. Rappelez-vous des promesses de travail « exceptionnel » le dimanche, aujourd'hui devenu une banalité sans compensation. »
Interrogé lors d’une séance à l’Assemblée par le député Jérôme Nury sur les vertus de ce texte, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, a déclaré que si la loi était adoptée, un décret d'application serait rapidement publié pour faire du 1er-Mai une « fête de la concorde et de la réconciliation ».
La CGT défend le Code du travail
Pierre Ouzoulias, vice-président communiste du Sénat, s'est désolé de cette situation : « Chaque année, on nous dit que les travailleurs stoppent la France le jour où ils ont droit à un jour de repos. Si les patrons désirent travailler, ils en ont la possibilité, mais ils doivent laisser ce jour aux travailleurs. »
Hadrien Clouet, député LFI, souligne la protection que le 1er-Mai offre aux petits artisans en les mettant à l’abri de la concurrence des plus gros acteurs : « Ce jour permet aux petits artisans de travailler sans être en concurrence déloyale. » Il critique cette loi comme un moyen de privilégier les grands groupes au détriment des plus modestes.
En réponse à la défense macroniste du « volontariat », Sophie Binet rappelle que, dans une relation de pouvoir, le volontariat est une notion relative : « C’est le patron qui détermine les conditions de travail. Sans un cadre légal protecteur, le volontariat ne peut pas être authentique. » La nécessité d’un Code du travail fort est plus pertinente que jamais face à cette proposition de loi, jugée comme une nouvelle attaque contre les droits des travailleurs.







