Alors que la date des élections législatives pointe le bout de son nez le 1er juin, l'Éthiopie se trouve à un carrefour historique. Selon Ethiopian News Agency, ces élections représentent un “moment démocratique décisif”. Pourtant, de nombreux observateurs se demandent si elles ne sont pas vouées à confirmer la domination du Parti de la prospérité, dirigé par le Premier ministre Abiy Ahmed, tout en illustrant le verrouillage croissant de l'espace politique.

Les partisans d'Abiy Ahmed louent un homme visionnaire qui a pour ambition de bâtir une Éthiopie prospère. En revanche, ses adversaires soulignent sa nature autocratique, le qualifiant de facteur de division, tant intérieure qu'extérieure. The Economist résume bien cette dualité : “Pour ses détracteurs, il attise les tensions et menace de precipiter le chaos”.

Arrivé au pouvoir en 2018 avec la promesse d'une ouverture politique, Abiy Ahmed a remporté le prix Nobel de la paix pour sa résolution du conflit avec l’Érythrée. Néanmoins, depuis 2020, le pays a basculé dans un cycle de violence, en particulier dans la région du Tigré, où une guerre civile a causé des pertes humaines estimées entre 100 000 et 500 000 morts.

Merera Gudina, président du Congrès fédéraliste oromo, a déclaré à Addis Standard qu'il participe aux élections pour “faire passer le message que ces élections ne sont ni libres ni équitables”. Son parti, après un boycott précédent, a reçu des menaces de radiation pour tout nouveau boycott.

Pourtant, l’“autoritarisme électoral” du gouvernement est évident. Merera indique que la campagne électorale est entravée par des problèmes de sécurité, affirmant : “Il est peu probable que je puisse m'éloigner plus de 20 kilomètres d'Addis-Abeba.”

Les journalistes en Éthiopie, quant à eux, se trouvent dans une situation périlleuse. Une correspondante a déclaré au micro de la BBC : “Vous n'avez pas d'options : soit vous soutenez le gouvernement, soit vous subissez les conséquences.” Des arrestations et des intimidations sont de plus en plus fréquentes.

La situation est particulièrement préoccupante avec l’annonce de la commission électorale du 26 mai, affirmant que le scrutin n’aurait pas lieu dans les régions instables de Tigré et d’Amhara, où une rébellion s’intensifie. Ethiopia Observer souligne qu'un nombre significatif de circonscriptions sera ainsi privé de vote.

Les espoirs d'une Éthiopie stable, comme le rappelle The Economist, reposent sur le “succès économique” du Premier ministre. Toutefois, la réalité semble marquée par des investissements étrangers décevants et une aggravation de la pauvreté. La situation géopolitique ne fait qu'ajouter une couche de complexité avec des tensions persistantes à la frontière érythréenne.

En conclusion, bien que la réélection d'Abiy Ahmed semble inévitable, l'avenir de l'Éthiopie demeure incertain et préoccupant.