À la suite de la reconnaissance des responsabilités de la France dans le génocide des Tutsi, un mémorial a été inauguré à Paris, signé par Emmanuel Macron et Paul Kagame. Ce monument représente une avancée significative dans le processus de mémoire initié durant la présidence de Macron.
Lors de la cérémonie qui s'est tenue sur les quais de la Seine, Emmanuel Macron a rappelé ses déclarations de 2021, où il a reconnu au nom de la France son implication dans le tragique engrenage ayant mené à ces atrocités. Il a ensuite souligné l'importance du rapprochement récent entre la France et le Rwanda, remerciant Kagame pour son accueil.
"Ce monument, bien qu'il soit une étape marquante, ne représente pas une conclusion, mais un jalon sur la route que nous venons d'emprunter", a-t-il précisé.
Le génocide, qui a coûté la vie à plus de 800 000 personnes, principalement des Tutsi, a été orchestré suite à l’attentat contre l’avion du président Habyarimana en 1994. La France a longtemps été critiquée pour son soutien au régime hutu, alimentant des tensions diplomatiques avec Kigali, qui ont abouti à une rupture des relations entre 2006 et 2009.
Paul Kagame, ex-chef de la rébellion tutsi et actuel président, a salué le courage d’Emmanuel Macron. Lors de son discours, il a déclaré : "Assumer ses responsabilités historiques exige un véritable courage et une grande humanité, et je vous félicite pour cela, Monsieur le président Macron". Il a également mentionné que d'autres pays avaient failli, mais que peu avaient fait l’effort de reconnaître leurs erreurs.
En 2019, Macron avait nommé une commission d’historiens qui a constaté une "responsabilité accablante" de la France, tout en précisant qu'il n'y avait pas eu de complicité au sens juridique du terme. Bien qu'il n'ait jamais présenté d'excuses, il a exprimé son souhait de voir le pardon des rescapés.
Lors de cette cérémonie, Jeanne Uwimbabazi, une rescapée, a partagé son récit tragique des événements de 1994. Elle a évoqué le sentiment d’abandon ressenti lorsqules Casques bleus ont évacué la zone, laissant les Tutsi vulnérables face aux miliciens hutu. "Je me demande encore quelle a été la chaîne de responsabilité", a-t-elle affirmé avec émotion.
Marcel Kabanda, le président d'Ibuka France, a estimé que cette reconnaissance était un véritable soulagement pour les rescapés. "C'est de l'oxygène pour nous, après tant d'années de lutte", a-t-il précisé à l'AFP. Le monument, baptisé "Archive", est conçu pour être un symbole durable de cette mémoire collective.
Devant le monument formé de deux blocs de laiton noir, le musicien et écrivain franco-rwandais Gaël Faye a lu un poème d'une auteure rescapée, Beata Umubyeyi Mairesse. Il a averti que le révisionnisme et le négationnisme demeurent des défis qui nécessitent une vigilance permanente : "Nous ne savons jamais qui pourrait arriver au pouvoir", a-t-il commenté.
Enfin, la France poursuit ses efforts judiciaires pour traiter les conséquences de cette tragédie, avec plusieurs enquêtes sur des ex-génocidaires présumés. Récemment, des investigations ont été rouvertes concernant l'implication de l'ancienne Première dame Agathe Habyarimana.







