Pourquoi l'île de Kharg, “minuscule récif corallien au nord du golfe Persique”, a-t-elle échappé jusqu'à présent aux frappes américaines et israéliennes, alors qu'elle représente “l’une des cibles les plus sensibles d’Iran”? Cette interrogation, soulevée par le Financial Times, soulève des enjeux géopolitiques majeurs.

Longue de 6 kilomètres, Kharg est, “depuis les années 1960, le principal terminal d'exportation de pétrole brut du pays”, rappelle le quotidien britannique. En effet, “neuf barils sur dix que l'Iran vend à l'étranger transitent par cette île”, en faisant un point névralgique du régime iranien et un “point de faiblesse majeure”.

Richard Nephew, expert de premier plan sur les négociations nucléaires avec l'Iran, ne cache pas que “sans cette île, l’économie s’effondre.”

Le site d'information américain Axios évoque les projets américains d'“s'emparer de Kharg”, terminal crucial pour l'exportation de brut, notamment vers la Chine. Pourtant, Yediot Aharonot constate que, “malgré les nombreuses rumeurs d'attaques”, l'île n'a pas été bombardée.

Yaïr Lapid, chef du parti d’opposition israélien Yesh Atid, plaide pour “détruire tous les champs pétrolifères et l'industrie énergétique de l'île de Kharg”, soulignant que cela pourrait conduire à “la chute du régime”. Cependant, le gouvernement israélien, malgré ses frappes contre des installations à Téhéran, n'a pas touché Kharg, les analystes craignant un choc pétrolier qui irait au-delà du régime iranien.

De plus, ils estiment qu'il faudrait obtenir “l’accord des États-Unis pour une escalade aussi spectaculaire”, comme l'indique un quotidien israélien, et même des conseillers de Donald Trump appellent à la prudence.

Pour The Telegraph, l'intégrité de Kharg est primordiale afin de priver le régime iranien de ses capacités d'exportation, restreignant ainsi ses ressources financières sans nécessiter l'engagement de troupes au sol. Malgré la persistance du régime, sa marge de manœuvre serait fortement diminuée, car “les exportations de pétrole constituent près de 40 % du budget de l’État.”