Anne Ouvry-Ledévé, résidente de Dieppe, suit avec anxiété l'avenir d'un homme condamné à mort en Floride, Chadwick Willacy. Ce dernier, jugé coupable de deux homicides, doit faire face à son exécution prévue pour le 21 avril après 35 ans de détention dans le couloir de la mort.
La confirmation de la date a été une onde de choc pour Anne, intervenant après que le Gouverneur de Floride, Ron DeSantis, a signé le décret le 13 mars dernier. « Cela fait sept ans que je lui écris », confie-t-elle avec une voix empreinte d'émotion. « Mon intérêt pour les droits humains a été éveillé à l'adolescence, surtout après l'affaire Troy Davis, un Afro-Américain exécuté en 2011 malgré des mobilisations massives », ajoute-t-elle, faisant référence à une mobilisation qui avait même impliqué le pape.
« en france, il serait libre depuis longtemps »
Anne Ouvry-Ledévé, qui travaille comme réceptionniste de nuit et est membre de l'opposition municipale, utilise son expérience pour sensibiliser les jeunes en milieu scolaire sur la peine de mort, un sujet encore pertinent dans 47 pays. « Ce sujet peut sembler éloigné pour beaucoup, mais il est crucial d'abroger cette peine partout ! », insiste-t-elle.
Elle se souvient d'avoir commencé à échanger des lettres avec Willacy en août 2019, après avoir intégré un programme de l'ACAT, une ONG prônant l'abolition de la peine de mort. Les échanges ont évolué en une amitié authentique. « Au départ, je lui écrivais une lettre par mois ; maintenant, nous échangions tous les jours grâce à une tablette », explique-t-elle. Willacy, qui se décrit comme un amateur de musique et de littérature, a un sens de l'humour contagieux malgré ses conditions de vie difficiles.
« mon plus grand regret est de ne pas l’avoir rencontré »
Chadwick Willacy a souvent décrit sa vie en prison comme « un jour sans fin » et uniquement assombrie par l'attente insoutenable de son exécution. « Il n'a accès à l'extérieur que trois fois par semaine, et l'attente de la date d'exécution est véritablement une torture », déplore Anne. Malheureusement, son dernier contact date de fin janvier et, depuis, l'incertitude règne. « Mon plus grand regret, c'est de ne pas l'avoir rencontré malgré l'autorisation. D'ici, il n'y a plus rien que je puisse faire », confie-t-elle, visiblement affectée par la situation.
Le jour fatidique, Anne sera entourée de ses amis, mais avoue qu'elle ne pourra obtenir des nouvelles de Willacy que par le biais des médias. « C'était mon premier correspondant. Je ne sais pas si je recommencerai. C'est une expérience dure, remplie de désespoir », avoue-t-elle. Son engagement pour l'abolition de la peine de mort a été renforcé par cette expérience, affirmant que « vouloir rétablir la peine capitale en France serait inhumain. Elle ne dissuade pas la criminalité. Elle est une réponse de vengeance, pas de justice ». Ce point de vue est partagé par de nombreux experts, dont Robert Badinter, qui a œuvré pour l'abolition de la peine de mort dans l'Hexagone.







