L’équipage de chasse normand, ayant obtenu les autorisations nécessaires, défend cette installation inattendue comme un dispositif de sécurité pour les riverains. Toutefois, les opposants, soutenus par plus de 43 000 signatures, dénoncent un piège à animaux.
Mesurant trois mètres de hauteur et s'étendant sur 1,7 km une fois déployé, cette toile de paillage, installée l'été dernier en Eure-et-Loir, relance le débat sur la chasse à courre. Deux camps diamétralement opposés confrontent leurs visions sur ce dispositif inédit en France.
Pour l’équipage normand Piqu’Hardi, il s'agit d'une « boma », semblable à celles employées en Afrique pour protéger les villages des prédateurs. En revanche, le collectif AVA (Abolissons la vénerie aujourd’hui) qualifie cette installation de « piège » symbolisant la cruauté envers la faune sauvage.
Benoît Dulac, le maître de l’équipage depuis 20 ans, insister sur le fait que ce rideau n’est pas conçu pour capturer du gibier. « La chasse à courre est une sorte de jeu d'échecs entre le cerf et les chiens. Si le résultat est prévisible, il n'y a plus de plaisir », explique-t-il.
« Jusqu'à présent, nous l’avons utilisé treize fois, et aucun animal ne s’est retrouvé coincé. Nous avons mis en place cette boma principalement pour des raisons de sécurité, afin d'éviter que des spécimens ne s'aventurent vers des habitations », ajoute-t-il. En effet, avec l'urbanisation croissante, il estime que les relations avec l'environnement doivent être une priorité.
Toutefois, AVA continue sa lutte pour faire disparaître cette toile, qu'ils jugent une menace pour les animaux. Le porte-parole de l’équipe, Stan Broniszewski, a affirmé avoir été témoin de la détresse d'un cerf distribué par cette toile durant une chasse, ce qui soulève des inquiétudes sur son efficacité réelle.
Le dispositif a été validé par l’Office national des forêts (ONF), qui a donné son accord après consultation de l’Office français de la biodiversité (OFB), et envisage de faire un bilan à l'issue de cette expérience de chasse. Pourtant, Broniszewski redoute qu’il ne s'agisse que d'une première étape avant un déploiement national des bâches dans d’autres forêts de l’Hexagone.
Face à ces critiques, l'ONF n'a pas encore réagi publiquement. Quant aux chasseurs, Benoît Dulac a annoncé son intention de porter plainte après des actes de vandalisme ciblant la bâche, laquelle a été abîmée. Pour prévenir de nouveaux actes, des caméras de surveillance ont été installées.
« Je comprend que certains puissent être en désaccord, mais je ne tolérerai pas le vandalisme », souligne-t-il. Par ailleurs, il s'efforce d'optimiser l'aspect esthétique de la toile pour apaiser les préoccupations des riverains. Selon lui, ce rideau ne gêne pas les promeneurs ni les cyclistes, qui peuvent toujours accéder librement à la forêt.
Des témoignages de marcheurs révèlent un sentiment partagé : bien qu'ils ne se sentent pas entravés, beaucoup regrettent la présence de cette installation. La commune d'Abondant, où est situé le rideau, a choisi de ne pas commenter la situation, précisant qu'elle n'a pas été concertée à ce sujet. Pour terminer, le collectif AVA prévoit une réunion publique pour discuter du sujet à Saint-Georges-Motel.







