Élise Lépine dresse le portrait poignant de Reine, une femme ébranlée par des épreuves qui la poussent à s'interroger sur la nature de sa force, qui pourrait bien être une forme de faiblesse. Dans son premier roman, intitulé Les courants d'arrachement, elle nous plonge dans un récit riche en émotions et en tensions.
Reine a connu de nombreux arrachements au cours de sa vie. Elle a perdu sa mère, tragiquement décédée dans un accident domestique, et a été séparée de sa fratrie après avoir été placée chez les Rouge, une famille d'accueil marquée par son identité juive. Elle se retrouve aussi éloignée de sa précieuse sœur Zélie et de son grand amour, Jean. Pourtant, malgré ces pertes, Reine se demande si elle a également sacrifié sa fierté et sa beauté. Dans une scène touchante, elle se remémore les vagues de Casablanca, maudites pour leur perfidie, où elle se trouve près de sa fille Rose, entre souvenirs et désespoir.
Ce roman se déroule sur fond de l'Histoire troublée de la France et du Maroc, entre les années 1930 et la fin du protectorat. Reine, désormais mère à son tour, fait face aux fantômes de son passé, se demandant si la vie l’a condamnée à perdre tous ceux qu'elle aime. À travers des métaphores maritimes, Lépine nous rappelle la nature cyclique des souvenirs et des émotions.
Ni larme, ni baiser
Le père Blanchère, faiblement touché par le calamiteux quotidien qu’il vit avec ses nombreuses enfants, fait peu de cas des sentiments. La campagne normande, marquée par la sécheresse des rapports humains, accentue ce manque de tendresse qui plane sur chaque personnage. Gustave, un jeune garçon en quête de réconfort, est en proie à un malaise qui met en exergue cette absence d’empathie dans leur milieu difficile.
Au fil des pages, Élise Lépine, connue pour son travail au Point, réussit à capter la complexité des émotions humaines avec une douceur et une intensité captivantes. Les courants d’odeurs et de sensations que traverse son récit laissent le lecteur un peu ébaubi, mais enrichi après cette immersion dans le monde de Reine.
Les courants d’arrachement d’Élise Lépine, éd. Grasset, 352 p., 23 €.







