Au cœur de la Normandie, la raffinerie de TotalEnergies, la plus vaste de France, continue de produire des carburants malgré un contexte géopolitique tendu. Les opérations se déroulent à pleine capacité avec plusieurs ouvriers s'affairant sur une impressionnante tour en métal, aux abords de la Manche.
"Nous sommes dans l'unité d'hydrocraquage, dédiée à maximiser la production de diesel et de kérosène pour le transport routier et aérien", explique Elise Thomazo, responsable technique de la raffinerie. Encadrée par des mesures strictes de sécurité, elle détaille les méthodes complexes de conversion qui permettent d'extraire des produits essentiels du pétrole brut.
Avec environ 40 000 kilomètres de tuyaux et un vaste complexe de 360 hectares, la raffinerie abrite des installations sophistiquées, où des pompes et compresseurs travaillent sans relâche pour séparer les molécules, produisant ainsi essence, gazole et kérosène, comme le souligne Adlene Terkmani, responsable des opérations dans une unité de conversion.
Malgré une conception axée sur une production massive de diesel et de kérosène, l'équipe s'efforce d'"optimiser" son rendement pour répondre à une demande accrue, accentuée par le conflit actuel au Moyen-Orient. "Nous visons à augmenter nos ratios pour ces produits, emblématiques de la dépendance de la France à 50% de la consommation de gazole", indique Thomazo.
Cependant, elle précise que l'augmentation ne dépassera pas 5% en termes de production, principalement destinée aux aéroports par oléoduc pour l'aviation et aux dépôts de carburant d'Île-de-France pour le transport routier.
Le pétrole brut arrive par voie maritime au port du Havre, avant d'être acheminé vers la raffinerie. Avant le conflit, environ 20% de ce brut provenait du Golfe, maintenant remplacé par des sources en Amérique et en Afrique. François Bourrasse, le nouveau directeur du site, se dit serein concernant l'approvisionnement : "Nous avons des réserves pour les semaines à venir et explorons déjà nos besoins futurs pour juin", affirme-t-il.
La tension des marchés due à la crise mondiale a permis aux marges de raffinage de remonter, un contraste marqué par une période d'instabilité en Europe. Bourrasse rappelle que la raffinerie transforme chaque année environ 12 millions de tonnes de pétrole brut, fournissant 12% des carburants en station-service en France ainsi que 11% de la production plastique nationale. Une dynamique essentielle à l'approvisionnement en énergie de la France dans un monde en mutation.







