La situation de l'industrie pétrolière au Venezuela est de plus en plus chaotique. Les autorités locales se trouvent confrontées à un président américain qui réclame des millions de barils, alors que les capacités de stockage sont saturées et que la production est menacée d'interruption complète. Le climat politique et économique se détériore à Maracaibo, le cœur de la production pétrolière vénézuélienne, où peu de pétroliers osent lever l'ancre, paralysés par la présence d'une flotte militaire américaine.
Marco Rubio, secrétaire d'État américain, a déclaré que Washington prévoit de saisir entre 30 et 50 millions de barils de pétrole vénézuélien, soulignant que le Venezuela est pris au piège par ses propres sanctions. Le ministre américain de l'Énergie, Chris Wright, a également confirmé que les États-Unis maintiendront un contrôle stricte de la commercialisation de ce pétrole pour une durée indéterminée.
En réponse, la compagnie d'État PDVSA a annoncé être en discussions avec les États-Unis, tout en promettant une "transparence et des bénéfices pour les deux parties". Ces négociations interviennent alors que les forces américaines intensifient leur pression en procédant à la saisie de pétroliers, maintenant ainsi les sanctions déjà imposées. Toutefois, la plupart des compagnies maritimes restent hésitantes, certaines choisissant de ne pas lever l'ancre pour éviter des complications légales. Les opérations de transport se poursuivent, mais dans une ampleur réduite.
Ce contexte désastreux a provoqué une saturation des capacités de stockage, avec des réservoirs déjà pleins dans l'État pétrolier de Zulia, selon des témoignages recueillis sur place. Les autorités ont même ordonné aux coentreprises de diminuer leur production dans l'attente de navires capables d'évacuer le pétrole. Ces coentreprises, créées sous l'ancien président Hugo Chavez, voient PDVSA en tant qu'actionnaire majoritaire, en partenariat avec des entreprises de pays alliés tels que la Chine, la Biélorussie et la Russie.
Bien que le Venezuela ait connu une production pétrolière d'environ 1 million de barils par jour, il avait chuté à 350 000 barils en 2020, lors de l'entrée en vigueur des sanctions. Les experts estiment qu'un retour à une production de 3,5 millions de barils est loin d'être réalisable en raison de l'état catastrophique des infrastructures. Les grands groupes pétroliers américains sont cependant déjà en position, espérant une ouverture du marché.
Dans cet environnement tendu, le recours à des "bateaux fantômes" pour transporter le pétrole est devenu nécessaire pour contourner l'embargo. La Chine, la Russie et l'Iran sont parmi les principales destinations du brut vénézuélien, malgré les risques que cela comporte. Un rapport de l'agence AFP indique que le pétrolier Nord Star, sanctionné par le Trésor américain, était récemment aperçu dans le lac de Maracaibo, signalant que les activités perdurent malgré les menaces.
Des analystes suggèrent qu'une possible levée des sanctions pourrait se profiler, portée par de nouvelles négociations. David Smilde, expert en sciences politiques à l'Université Tulane, évoque que la volonté de Caracas est de vendre son pétrole à un prix de marché plutôt qu'à bas prix via des méthodes détournées. Cela dit, la capture par les États-Unis du pétrole pourrait engendrer des tensions internes au Venezuela, aggravées par une situation économique déjà fragile.







