De 2020 à 2024, le colonel Romain Moutard a dirigé l'élaboration de ce dispositif, actuellement adjoint au Sdis des Landes. Il revient sur la genèse et les évolutions du système FR-Alert, mis en place pour informer rapidement la population des situations de danger imminent.
Le défi était important : prévenir la population aussi rapidement que possible lorsqu'elle se trouve dans une zone à risque. Tel est l'objectif affiché par FR-Alert, un projet initié par le ministère de l'Intérieur. En 2020, le colonel Romain Moutard prend les rênes de ce programme novateur. Partant d'une feuille blanche, il retrace son parcours depuis ses débuts jusqu'à son statut actuel de directeur adjoint du Service départemental d'incendie et de secours des Landes.
Ce projet a vu le jour sous une double impulsion. D'une part, une directive européenne de 2018 impose à tous les États membres l'instauration d'un système d'alerte utilisant la téléphonie mobile. D'autre part, le besoin urgent de réviser la manière d'alerter suite à l'incendie de l'usine Lubrizol en 2019 a largement contribué à sa conception. Des rapports d'inspection ont mis en évidence l'inefficacité du système précédent, qui reposait principalement sur des sirènes, souvent inaudibles à cause des améliorations modernes des habitations (comme le double vitrage).
"Nous avons voulu mettre à profit chaque smartphone, objet omniprésent dans la vie quotidienne des Français, pour transmettre des alertes audio et visuelles, 24 heures sur 24", explique Moutard. Ce programme a permis d'atteindre une couverture beaucoup plus large que le précédent système, ne touchant que 2% du territoire.
"Nous avons un double défi : nous baser sur des technologies modernes tout en assurant une formation adéquate des utilisateurs. C'est un projet qui a mobilisé cinq années de mon parcours professionnel", souligne le colonel.
D'un point de vue technique, FR-Alert repose sur une innovation majeure : la diffusion cellulaire, appelée "cell broadcast". Ce système permet de diffuser des notifications à l'ensemble des utilisateurs d'un réseau mobile présents dans une zone à risque sans congestion, contrairement aux SMS qui peuvent souffrir de saturation. Toutefois, le gouvernement a conjugué ces technologies pour s'assurer que chaque alerte soit également accompagnée d'une sonnerie dédiée.
La portée de FR-Alert ne se limite pas aux catastrophes naturelles et industrielles. Récemment, des discussions se sont engagées pour envisager son utilisation dans des contextes sanitaires, par exemple pour avertir de problèmes de salubrité de l'eau. Le ministère de la Justice a également annoncé sa volonté d'utiliser FR-Alert pour diffuser des alertes en matière d'enlèvements.
En somme, le système FR-Alert représente une avancée significative pour la sécurité publique en France, avec un engagement à rendre la population non seulement plus informée, mais aussi plus résiliente face aux crises.
(1) L'incendie de l'usine Lubrizol en septembre 2019 a révélé des lacunes dans les protocoles d'alerte et de sécurité, galvanisant le besoin d'une révision du dispositif en place.







