Les agriculteurs, après avoir enduré des pluies records au début de l'année, doivent désormais composer avec une situation climatique préoccupante. L'absence de pluie se fait ressentir à l'approche de l'été.
En l'espace de quelques semaines, des champs submergés à cause de crues inquiétantes laissent place à des sols arides. Dans l'ouest du pays, de nombreux agriculteurs, comme René Pouëssel, éleveur laitier bio de Bain-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine), expriment leur crainte de subir à nouveau les affres du dérèglement climatique. Son orge de printemps, qui alimentera ses bêtes cet hiver, est « difficilement poussante », témoigne-t-il, pointant des plants microscopic entre des mottes de terre sèche.
Un petit ruisseau qui traversait ses terres avait provoqué des inondations en début d'année; aujourd'hui, il est déjà tombé à son niveau habituel « de mi-juin », raconte l'éleveur, forcé de s'adapter à des caprices climatiques de plus en plus marqués. Après une année 2025 marquée par des inondations puis un printemps sec, René a anticipé en commandant 40 ballots d'herbe enrubannée. « C'est préoccupant, mais pas alarmant » tant que la pluie revient promptement; sinon, « mai et juin secs, ça pose un véritable souci », alerte-t-il.
« Qu'est-ce que ça va être cet été ? »
Julien Hamon, maraîcher en Morbihan et représentant de la Confédération paysanne, suit aussi les prévisions météorologiques de près. « Il n'y a pas de pluie annoncée pour les quinze prochains jours », ajoute-t-il, tout en soulignant que « les vents de nord-nord-est assèchent davantage le sol ». Il se voit contraint d'irriguer ses légumes de printemps, ce qui signifie une charge de travail accrue. Bien qu'il dispose d'une petite retenue d'eau, « que se passera-t-il cet été si je tire déjà trop sur mon bassin ? », s'interroge-t-il.
Le mois de février a été marqué par un excès de pluie et des inondations records, selon Météo-France. En revanche, « mars a connu un déficit » et « les précipitations d'avril semblent radicalement insuffisantes ». En Bretagne et dans les Pays-de-la-Loire, les précipitations sont annoncées comme étant inférieures de « presque 60 % » par rapport aux normales saisonnières, précise Christine Berne, climatologue à Météo-France. Ce type de variations climatiques brusques peut sérieusement impacter les cultures, comme l'explique Sylvain Pellerin, directeur de recherche à l'Inrae.
« La succession de sols gorgés d'eau suivis d'une sécheresse soudaine est éprouvante pour les plantes, car leur enracinement est souvent peu profond », explique-t-il, en évoquant les cultures céréalières telles que le blé. Quant aux pâtures, « elles subissent un contraste majeur entre une croissance active en hiver et une herbe desséchée durant l'été ». Pellerin ajoute : « Le changement climatique nous pousse malheureusement vers de tels extrêmes saisonniers ».
Face au défi climatique
Devant cette situation, la FNSEA et les défenseurs des grandes cultures irriguées prônent la construction de réserves d'eau. Grâce à la loi Duplomb, le gouvernement a facilité la création de « méga-bassines », d'immenses réservoirs d'eau dérivée des nappes phréatiques et des rivières, et souhaite aller plus loin avec un projet de loi d'urgence agricole.
« Le stockage de l'eau fait sens compte tenu du changement climatique, mais il faut éviter le gigantisme », avertit Sylvain Pellerin. Ce processus doit également aboutir à une « évolution vers une agriculture plus vertueuse et économe en ressources ». De son côté, Julien Hamon réclame que le stockage d'eau soit prioritairement destiné à des projets vivriers et respectueux de l'environnement, « mais il est légitime de se questionner sur les besoins pour irriguer une production exportée comme le maïs ».
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