Le parti d'extrême droite Reform UK se prépare à enregistrer des résultats significatifs lors des élections locales prévues ce jeudi au Royaume-Uni. Cela concerne particulièrement des régions historiquement conservatrices comme l'Essex, où le mécontentement à l'égard des partis traditionnels se fait de plus en plus entendre.
En 2024, Nigel Farage, le leader du parti anti-immigration, a été élu député dans cette région de l'est de l'Angleterre. Au cours de la campagne, lui et d'autres députés de Reform ont multiplié les visites, martelant le slogan "Votez Reform, mettez Starmer dehors" tout en critiquant le Parti conservateur, qu'ils accusent d'avoir trahi le Brexit.
À Braintree, une ville de quelque 45 000 habitants, les questions d'immigration suscitent des vives réactions, notamment en raison de la réhabilitation récente d'une ancienne base aérienne en centre d'accueil pour demandeurs d'asile. Robert Robinson, un ancien électeur conservateur de 70 ans, déclare : "Le Royaume-Uni est envahi par des migrants illégaux. Cela nous coûte une fortune, et je pense sérieusement à voter pour Reform." Il souligne que selon lui, tous les autres partis ont échoué à contrecarrer l'immigration.
Dan White, un employé de cantine scolaire de 42 ans, renchérit : "Les arrivées de migrants, c'est insensé, et ils reçoivent plus d'aides que quiconque."
A trois ans des élections générales de 2029, Reform affichait une intention de vote de 26% au niveau national, selon YouGov, devançant le Parti conservateur (19%), le Labour (18%) et les Verts (15%).
Le bus bleu turquoise de Reform, avec à son bord Robert Jenrick, un ancien ministre conservateur, attire l'attention dans l'Essex, suscitant klaxons et encouragements. Jenrick confie à l'AFP : "Les électeurs sont profondément déçus par les partis traditionnels. Ils se tournent vers Reform pour un véritable changement."
Le think tank More in Common estime que Reform pourrait remporter entre 1 200 et 1 600 sièges locaux en Angleterre, après avoir déjà décroché plus de 40% des sièges lors du scrutin local précédent. Luke Tryl, son directeur, prédit une "propagation du turquoise" dans l'Essex, ce qui serait un défi pour les conservateurs, notamment pour leur cheffe Kemi Badenoch, dont c'est le fief.
Dans des régions comme les Midlands ou le Suffolk, Reform séduit des électeurs de plus de 50 ans ou disposant d'un faible niveau d'éducation, selon Tim Bale, politologue à l'université Queen Mary de Londres. Le parti cherche également à s'imposer au Pays de Galles et en Ecosse afin de devenir la principale force politique à droite.
Nigel Farage a récemment déclaré à l'Evening Standard que le Parti conservateur risquait de disparaître en tant que force nationale.
Les conservateurs, de leur côté, tentent de freiner ce déclin après leur déroute aux élections générales de 2024. Kemi Badenoch assure que le parti a changé, reconnaissant avoir "fait des erreurs" sur des sujets tels que l'immigration et les impôts. Elle critique également Farage, qu'elle accuse de manquer de cohérence.
À Braintree, certains restent fidèles aux Tories, comme Paul, un comptable de 53 ans, qui pense que Reform n'a pas les ressources nécessaires pour concrétiser ses promesses.
Cependant, le parcours de Reform est semé d'embûches. Des candidats ont été critiqués pour leurs commentaires xénophobes, et Farage a été accusé d'antisémitisme durant ses années scolaires. Des remous émanent même au sein de l'équipe de Reform, comme l'a montré un récent incident où un homme a accusé le parti d'être raciste.
Enfin, alors que le parti a remporté des municipalités comme dans le Kent, il doit faire face à des critiques concernant ses promesses de baisses d'impôts et des coupes budgétaires dans les services sociaux. Terry Longstaff, un candidat de Reform, souligne la nécessité de prouver leur capacité à gérer des conseils locaux avant de viser à gouverner au niveau national.







