Le parti d’extrême droite Reform UK est en bonne position pour réaliser une percée lors des élections locales britanniques, prévues le 7 mai prochain, notamment dans des territoires traditionnellement acquis aux Conservateurs, comme l'Essex, où la défiance envers les grands partis devient de plus en plus palpable.
L'extrême droite menée par Nigel Farage semble s'implanter davantage dans l'est de l'Angleterre, où des voix critiques s'élèvent aussi contre les anciens partis. En 2024, le chef de Reform UK, connu pour sa position anti-immigration, a été élu député dans cette région. Il est soutenu par plusieurs autres députés du parti qui sillonnent les villes, affirmant : « Votez Reform, mettez Starmer dehors », tout en accusant le Parti conservateur de trahir le Brexit.
À Braintree, une commune de 45 000 habitants, l'immigration est un sujet sensible, particulièrement depuis qu'une ancienne base militaire a été transformée en centre d'accueil pour demandeurs d'asile. "Le Royaume-Uni est envahi par des migrants illégaux", argue Robert Robinson, 70 ans, un ancien fidèle des Conservateurs, envisageant de voter pour Reform. "Les autres partis n'ont rien fait pour stopper l'arrivée des bateaux à travers la Manche", a-t-il renchéri. Dan White, 42 ans, employé dans une cantine, critique également l'aide plus importante accordée aux migrants par rapport aux natifs.
Reform caracole en tête des sondages
Sur les routes de l'Essex, un bus bleu turquoise portant les couleurs de Reform, avec à son bord l’ancien ministre conservateur Robert Jenrick, attire l’attention des électeurs. Ceux-ci se montrent déçus par les offres des partis traditionnels et se tournent vers Reform pour un changement réel, constate l’ancien ministre qui a rejoint Nigel Farage en janvier. À l’approche des législatives de 2029, Reform UK est en tête des intentions de vote avec 26 %, suivi du Parti conservateur (19 %), du Labour (18 %) et des Verts (15 %), selon les sondages de YouGov.
Le think tank More in Common estime que Reform pourrait remporter entre 1 200 et 1 600 des 5 000 sièges locaux à pourvoir, ayant déjà obtenu plus de 40 % des sièges lors du scrutin local précédent. Luke Tryl, son directeur, évoque un « effet turquoise » qui pourrait causer des difficultés pour les Conservateurs, notamment pour leur dirigeante Kemi Badenoch qui y a ses racines politiques.
Des candidats épinglés pour des propos racistes et xénophobes
Dans l'Essex ainsi que dans les Midlands et le Suffolk, Reform attire des électeurs plus âgés ou moins diplômés, « mal à l'aise face à l'émergence d'une société britannique de plus en plus multiculturelle et libérale », explique le politologue Tim Bale de l'université Queen Mary de Londres. Le parti espère également réaliser des performances notables au Pays de Galles et en Écosse, afin de s'imposer comme une force politique majeure à droite. Selon Nigel Farage, ces élections pourraient signifier la fin du Parti conservateur comme force nationale.
Cependant, le chemin de Reform est pavé d'embûches. Plusieurs de ses candidats ont été critiqués pour des déclarations jugées racistes ou xénophobes. Des accusations ont également été portées contre Farage pour des remarques antisémites faites durant sa jeunesse. Un soutien controversé de 5 millions de livres venant d'un magnat des cryptomonnaies a également suscité des critiques. Dans le Kent, gouverné par Reform depuis 2025, le parti a renoncé à ses promesses de baisses d'impôts locaux et fait face à des critiques pour des coupes dans certains budgets sociaux.







