Les années Macron ont-elles véritablement marqué le début d'une réindustrialisation en France ? Les avis divergent, surtout face aux crises successives et à la concurrence féroce de la Chine.
Le 1er juin, Emmanuel Macron préside son neuvième sommet Choose France au château de Versailles. Des chefs d'entreprises internationaux y annoncent des investissements en France, qui ont atteint 20 milliards d'euros l'an dernier, en grande partie dans l'industrie. Pour la septième année consécutive, le président peut revendiquer que la France est, selon le baromètre du cabinet EY, le pays le plus attractif d'Europe pour les projets d'investissements étrangers.
Une industrie en déclin
Selon Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, *« l’image de la France a complètement changé »* au cours des quinze dernières années, contrastant avec la perception d'un pays stagné dans le passé. Cependant, le concept de réindustrialisation semble plus complexe. L’exécutif fait état de la création de 120 000 emplois industriels depuis 2017, un chiffre inédit depuis les années 70. Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, fait écho à ces chiffres en notant que, selon la Direction générale des entreprises (DGE), en 2025, 19 sites industriels ont ouvert ou étendu leurs activités, surpassant les fermetures par 261 à 242. Toutefois, il souligne que le poids de l’industrie dans le PIB reste préoccupant, tombant à 9,5 %, une distinction qui suscite des débats sur le véritable avancement de cette réindustrialisation.
*« Il ne faudrait pas considérer la France comme un eldorado pour l'industrie »*, avertit Morlet-Lavidalie, sachant que malgré des atouts tels que l'énergie nucléaire, les défis persistent, notamment en ce qui concerne la fiscalité et l'accès aux terrains industriels.
Philippe Mutricy, également de Bpifrance, aborde cette question de manière sectorielle. D’un côté, il observe un déclin de 18 % dans le secteur automobile depuis la pandémie, mais de l’autre, une croissance de 21 % dans l'industrie pharmaceutique. Cela démontre une disparité qui rend difficile toute généralisation sur l'état de l'industrie en France.
La menace chinoise
Olivier Lluansi, dans une note publiée par l'institut Montaigne, évoque un *« échec »* de la réindustrialisation, critiquant le programme France 2030, qui a été lancé en 2021 avec 54 milliards d'euros de financement. Les crises successives, conjuguées aux pratiques protectionnistes américaines et à la surproduction chinoise, posent des défis supplémentaires. L'industrie chinoise, avec ses prix compétitifs, a parfois une qualité de produits supérieure à celle de l'Europe.
Les entrepreneurs, quant à eux, semblent désillusionnés. Après avoir bénéficié d’une fiscalité favorable depuis 2017, ils ressentent aujourd'hui la pression d'une nécessité d'assainissement des finances publiques. *« Quelque chose se casse et c’est très grave »*, a déclaré Patrick Martin, président du Medef, au Figaro.
Avec AFP






