Ce lundi, les Éthiopiens ont commencé à voter pour des élections législatives qui s'annoncent peu disputées, dominées par le Parti de la Prospérité (PP) du Premier ministre Abiy Ahmed, qui se représente pour un nouveau mandat.
À l’aube du scrutin, des files d’électeurs se formaient déjà devant plusieurs bureaux de vote à Addis Abeba, notamment dans le quartier de Bole Atlas, près de l’aéroport international. Les journalistes de l’AFP ont pu observer des citoyens glisser leurs bulletins, un pour les élections fédérales et un autre pour celles des parlements régionaux, dans des urnes disposées sous des tentes ornées des couleurs nationales.
Arrivé au pouvoir en 2018, Abiy Ahmed fait face à une critique de plus en plus forte à l'international pour son autoritarisme et la répression des opinions contraires, une évolution frappante après les premières années prometteuses qui lui ont valu le prix Nobel de la paix en 2019.
Dans une analyse publiée le 28 mai, le centre de réflexion Chatham House a noté que cette élection pourrait être l'une des plus déséquilibrées depuis l'introduction du multipartisme en 1991. Le rapport souligne que les élections ont tendance à renforcer le pouvoir en place plutôt qu'à offrir de véritables choix politiques aux Éthiopiens.
Actuellement, le PP détient 96 % des sièges à la Chambre des représentants, et plus de 50 millions d’électeurs sont appelés à voter dans approximativement 48 000 bureaux de vote à travers un pays s'étendant sur 1,1 million de km².
Les bureaux fermeront à 18H00 (15H00 GMT), bien que des conditions particulières pourraient prolonger cette heure, selon un responsable de la commission électorale, la Nebe.
Les résultats du scrutin devraient être connus une dizaine de jours après sa clôture. L’opposition, divisée et manquant de ressources financières, entre en lice avec plus de 40 partis, mais peu d’entre eux sont en mesure de se faire entendre face au PP, qui présentera 461 candidats contre seulement 293 pour le parti Ezema, le mieux organisé de l’opposition.
Le scrutin ne se tiendra pas non plus dans la région du Tigré en raison des tensions persistantes, conséquence d’un conflit qui a dévasté le pays entre 2020 et 2022, laissant des millions de personnes déplacées. Comme l’indique Chatham House, de nombreux opposants ne pourront pas se dessiner en raison de l’exil ou de l’emprisonnement.
L’Éthiopie, malgré une prévision de croissance économique de plus de 9 % cette année, ce qui la classe parmi les pays les plus performants, est traversée par des conflits armés dans plusieurs de ses régions, surtout en Oromia et en Amhara. En Amhara, les milices nationalistes Fano se sont opposées ouvertement aux forces fédérales, menaçant le déroulement du processus électoral.
Malgré ces contraintes, la Nebe a confirmé que le vote se tiendra dans la plupart des circonscriptions. Des observateurs de l'Union africaine ainsi que de l’Igad surveilleront le scrutin, même si la demande d'une mission d'observation par l'Union européenne n'a pas reçu d'approbation du gouvernement éthiopien.







