LaBolivie a connu des retournements dramatiques ce vendredi, alors que la police et l'armée ont réussi à débloquer une voie vitale pour l'approvisionnement de La Paz et de sa voisine El Alto, villes durement touchées par plus d'un mois de manifestations exigeant la démission du président Rodrigo Paz.
Rodrigo Paz, qui a accédé au pouvoir il y a seulement six mois, envisage de déclarer l'état d'exception pour pouvoir mobiliser davantage de forces militaires face aux barrages routiers érigés par des paysans et des ouvriers dans plusieurs régions du pays andin. Les tensions montent alors que le Parlement doit approuver cette mesure, synonyme d'une montée de la répression.
L'opération de déblocage a été constatée par l'AFP, lorsque la police, accompagnée des forces militaires, a dégagé les débris entravant un axe routier stratégique au sud de La Paz. Précédemment, de nombreuses personnes avaient été contraintes de marcher sur plusieurs kilomètres pour se procurer des denrées alimentaires essentielles dans les zones rurales telles que Lipari et Rio Abajo.
Suite à cette opération, le président a fait une visite sur les lieux, accompagné de son nouveau ministre de la Défense, Ernesto Justiniano. Face à la presse, il a réaffirmé son souhait de voir le dialogue prévaloir sur la confrontation. Cependant, les villes de La Paz et d'El Alto, ainsi que Cochabamba, Oruro, et Potosi, sont aux prises avec des pénuries sévères de nourriture, de médicaments et de carburant, conséquence directe de près d'une centaine de barrages routiers dispersés à travers le pays.
Rodrigo Paz a également accusé l'ancien président Evo Morales, qui a gouverné de 2006 à 2019, d'être à l'origine des troubles actuels, affirmant qu'il finance les manifestations avec des fonds venant du narcotrafic dans sa région d'origine, le Chapare. "Il utilise le peuple comme un marchepied pour se défendre de ses problèmes judiciaires", a-t-il déclaré, faisant référence à un mandat d'arrêt visant Morales pour des accusations de traite de mineure, que ce dernier rejette fermement.
La veille, les États-Unis ont renouvelé leur soutien à la présidence de M. Paz. Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense, a exprimé sur X : "La Bolivie ne doit pas permettre que l'ancien statu quo de domination narco-terroriste dans la région se réinstalle." L'ancien président Morales, quant à lui, a réagi sur le même réseau social, qualifiant le discours de Washington d'une tentative de stigmatisation à l'égard des revendications légitimes des mouvements sociaux.
Les agriculteurs, ouvriers, mineurs, transporteurs et enseignants poursuivent leur mouvement, faisant pression sur le gouvernement depuis plus d'un mois pour mettre fin à la pire crise économique que le pays ait connue depuis quarante ans. Ils demandent la démission du président Paz, accentuant les tensions dans un contexte de mécontentement croissant.







